GLH 511 : « Ce qu’il y a de nouveau dans le FESPAD 2008, c’est qu’il s’inscrit aujourd’hui dans un processus qui le rapproche du peuple ». Ainsi s’exprime Marie-Jeanne, membre du groupe de danseurs rwandais de la diaspora de Belgique venu participer au FESPAD 2008.
Et pour rapprocher le Fespad du Peuple, les artistes ont pu se produire à des endroits différents de Kigali comme : le Stade de ULK, Petit stade de Remera, Jali Club, Kimisagara. Dans les provinces, les villes de Butare et Gisenyi ont accueilli aussi les artistes durant le FESPAD.C’est la deuxième fois que Marie-Jeanne participe au FESPAD. La première fois, c’était en 2006. Et c’est avec raison qu’elle constate la nouveauté pour l’édition 2008.
Toujours s’approcher du Peuple. Et lui montrer des rythmes divers d’Afrique et des autres continent. Une diversité enrichissante qui rapproche les peuples dans un réel dialogue des rythmes et des cultures.
Telle est en effet la mission dévolue au Festival Panafricain de la Danse (FESPAD) : Rapprocher les peuples et les générations en alliant les deux courants traditionnel et moderne de la danse.
Pour Vincent Harisdo, un franco-béninois résidant à Bordeaux en France et expert chorégraphe qui a formé durant trois semaines le ballet national, la mission dévolue au FESPAD doit être celle de rallier la tradition et la modernité. Et c’est effectivement un tel spectacle qu’a montré le ballet national rwandais lors de l’ouverture du FESPAD 2008.
Imaginez un spectacle multiple, ou mieux, multiforme, tant au niveau des rythmes et des constumes, des voix et des gestes. C’est cela le spectacle conçu par Vincent Harisdo.
Tout au début, une jeune fille enduite de caolin sur tout son corps, en robe courte et culotte, toutes blanches, avance au milieu des bruits des tambours battus par des hommes habillés à la traditionnelle.
La jeune fille ou mieux la jeune prêtresse dépose sa grande calebasse au milieu de la cour. Puis elle escalade vite la place et se retrouve sur le podium où elle est se tient recroquevillée au milieu.
Elle est ensuite rejointe par quatre hommes, deux de chaque côté, tous enduits de caolin aussi sur le corps.
Puis une quarantaine de danseurs en pagne bleus envahissent la scène. Ils sont rejoints par quarante danseuses en costumes traditionnels, les têtes entourées d’une ceinture blanche, urugori en langue nationale.
Et subitement, tous les groupes sur le podium exécutent une danse collective. Puis ils se rétirent. Quatre hommes restent cependant sur le podium. Ils saluent la foule au rythme d’une douce mélodie émise par une flûte.
C’est alors que s’exécute, dans une véritable acrobatie, une série de danses où s’allient des rythmes modernes et traditionnels.
Les artistes s’enroulent à terre et se relèvent frénétiquement en esquissant des gestes au rythme des mélodies de la flûte et des bruits cadensés des tambours. Des mouvements amples et majestueux se mêlent aux déhanchements érotiques frénétiques instantanés. Pendant que les mains des artistes en transes se lèvent haut pour saluer et renouer avec une foule en délire.
Et, subitement, à la surprise du spectateur, sortent de la foule des jeunes filles en longues robes blanches et foulard sur la tête. Elles s’avancent en dansant avec des garçons en chemises blanches et cravates rouges sur pantalons noirs.
Des tambours résonnent et font trembler la terre. Des danses rwandaises et modernes se succèdent dans un même processus de mouvement comme si la tradition et la modernité se mariaient, se succédaient de manière ininterrompue sur une même ligne de programmes.
Des femmes et des adultes en costumes traditionnels rwandais d’apparât, faits de pagnes et de chemises blanches, bâton dans les mains, font irruption et renforcent le groupe sur scène pour danser.
Ils emplissent la cour pour célébrer la fête tropicale à la tombée de la nuit. Et tous dansent le rythme traditionnel.
Des refrains comme Mama ndare ( c-à-d maman, je passe la nuit ici), Dore inyange z’u Rwanda (voici les beaux oiseaux du Rwanda) déchirent l’air. Ou encore : Genda Rwanda warariboye, kandi wahuruje amahanga, nayo arabizi. Ce qui signifie : ô Rwanda que tu es beauté. Les étrangers ont accouru pour t’admirer. Et ils savent que tu es beauté aussi.
Plus de 100 personnes, jeunes filles et jeunes garçons, hommes et femmes adultes dansent ce même rythme pour fête le FESPAD 2008. Quoi de plus virtuose ! s’exclame quelqu’un. L’on doit admettre que le ballet national a vraiment du talent.
Tel a été donc un des moments forts du FESPAD 2008 qui illustre parfaitement la synthèse tradition et modernité comme l’a conçu le chorégraphe Vincent Harisdo.
Et le Premier Ministre Bernard Makuza, comme grand invité d’honneur, à la cérémonie d’ouverture officielle du FESPAD 2008 avait raison de dire :
« La danse est un trait caractéristique de notre culture. Et la culture rassemble les gens pour promouvoir l’amitié, la coopération et la solidarité ».
Et d’ajouter :
« Nous avons beaucoup à puiser dans notre culture pour promouvoir notre développement. Il est indubitable que l’industrie culturelle est aussi importante que d’autres industries du pays »
Bernard Makuza a rappelé que le spectacle d’ouverture par le ballet national est une confirmation d’une industrie qui doit générer de revenus. « L’essentiel est de montrer des réalisations tangibles et durables d’une culture qui catalyse la convivialité et le développement », a-t-il terminé.
En quittant le Rwanda la veille de la clôture du FESPAD 2008, l’expert Vincent Harisdo est passé par Bruxelles pour s’envoler au Vénézuela. Exactement pour faire la même chose que ce qu’il a réalisé à Kigali.
« J’apporte au Vénézuela la danse africaine. Il faut que les Vénézueliens se réapproprient la danse qui fait partie de leur histoire », a-t-il confié au journal Grands Lacs Hebdo (GLH).
L’on doit noter que parmi les Vénézueliens vivent les anciens fils d’esclaves noirs. Il y a une partie de noirs qui se sont réfugiés dans la forêt depuis longtemps. On les retrouve au Vénézuela, Cuba, Equateur, Colombie, etc.
Leurs enfants restent attachés à la culture africaine. Certes, dans ces pays domine la culture espagnole. Mais il y a aussi une forte identité africaine.
Vincent Harisdo s’est engagé à proposer aux Vénézuéliens la danse rwandaise en guise de retour à la culture et à la danse africaine comme référence au ressourcement de ces descendants des noirs dont les racines remontent à l’Afrique.
« Je vais leur proposer la danse rwandaise. Car, c’est une des plus belles danses de l’Afrique, qui mérite d’être reprise sous une forme internationale », a-t-il confié à GLH.
Le mérite de Vincent Harisdo, en définitive, est d’avoir proposé une lecture contemporaine de la danse rwandaise sans trahir la tradition.
Autrement dit, il faut s’appuyer sur la tradition et s’insérer dans la modernité. La tradition sert de base pour avancer.
« Si tu sais d’où tu viens, tu pourras avancer », souligne Vincent Harisdo, en rappelant les sages conseils des parents africains.
Pour préparer le FESPAD 2008, Vincent Harisdo a dit qu’il a travaillé les sculptures africaines tirées de la cosmogonie, c-à-d des scuptures qui représentent de quoi est faite la vie en Afrique.
Justement dans les danses, il montre des artistes qui dansent en imitant les positions représentatives des animaux en déplacement, en train de ramper. L’on voit aussi la position des jumeaux. Ou d’autres images d’artistes qui montrent des sculputures tirées des danses.
L’expert s’est appuyé aussi sur la théorie matérialiste des quatre éléments de la vie, et qui sont l’eau, l’air, la terre et le feu.
L’autre aspect du FESPAD a été la conférence animée à l’hôtel Serena sur l’art et le business au Rwanda. Des hommes de riches expériences comme Zao Zoba, Raoul Peck, Antoine Tempé et autres, ont pu faire partager leurs expériences en vue de créer un Conseil national pour promouvoir l’art et le business.
Et partant, renforcer le potentiel économique lié à l’industrie culturelle du Rwanda
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