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A qui le blâme ? Controverse autour d’un don de médicaments

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L’hôpital de Gahini pointe du doigt le Minisanté, l’Office des Recettes et  le MAGERWA

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GLH 513: A l’entrée de la salle d’opération de l’hôpital de Gahini, un jeune homme est allongé sur un banc. Il est âgé de 30 ans à peu près. Le jeune homme gémissant a les yeux tuméfiés et voit difficilement pour cause d’infection. Tout en le tapotant dans le dos avec des gestes émouvants le Dr Schoobee se demande [à haute voix] ce qu’il peut faire pour ce malade et des centaines d’autres dans la même situation alors qu’il n y a pas de médicaments ni de matériels appropriés pour traiter ce genre de maladies.    

« Ce n’est pas parce que les appareils utilisés dans la chirurgie manquent, ils sont bloqués dans les entrepôts des MAGERWA (Magasins Généraux du Rwanda) à Kigali depuis près de deux ans » dit Dr Schoobee,  un missionnaire sud-africain qui vit au Rwanda depuis 1995 et qui s’est spécialisé dans le traitement des maladies des yeux.

Entre les mois de Mars 2007 et Mars de cette année, Christian Blind Mission (CBM), une organisation suisse de charité qui aide les aveugles et les malvoyants a fait un don en fournitures médicales dans plusieurs tranches aux hôpitaux de Gahini (Province de l’Est) et de Kabgayi (Province du Sud). La valeur du don offert s’élève à 25 000 euros (près de 21 millions de francs rwandais).   

Le matériel fourni comprend : 2 autoclaves à utiliser pour la stérilisation ; un vitractor –appareil qui sert dans l’opération des yeux- ; appareils orthopédiques ; médicaments pour les maladies des yeux ; et autres médicaments pour contrer les virus et microbes susceptibles de causer la cécité. Il y a également beaucoup de caisses qui renferment d’autres instruments utilisés dans la chirurgie. Un des autoclaves saisi doit aller à l’hôpital de Kabgayi.       

Avec amertume et grande déception le Directeur de l’hôpital de Gahini le Dr Bonane Emmanuel et le Dr Schoobee, connu sous le nom de Wim, disent qu’ils ont fait tout ce qui est dans leur pouvoir et que seul un miracle peut leur apporter ce matériel.  

« Le matériel est gardé quelque part à Kigali. Nous avons été sur place plusieurs fois mais le problème perdure. Notre ancien autoclave ne fonctionne plus, donc nous ne sommes pas en mesure de garantir des soins appropriés », explique le Dr Bonane.

« C’est très dangereux pour un hôpital parce que nous ne pouvons pas opérer sans une machine de stérilisation comme le prévoit la réglementation », ajoute-t-il.

Actuellement, le matériel de chirurgie est stérilisé en le faisant bouillir - une méthode que l’on trouve dans les centres de santé ruraux, indigne d’un hôpital de Gahini qui est un hôpital de référence. Dr Schoobee affirme que cette pratique affecte la qualité des instruments si elle est utilisée sur une période longue.      

Quel plan d’action?

Après que de multiples tentatives auprès des MAGERWA et Ministère de la Santé échouent, l’hôpital a approché le Ministre de la Santé Dr Jean Damascène Ntawukuriryayo en Avril de cette année. Le problème des taxes sur ce don offert a été évoqué comme possible obstacle et le Ministre a conseillé à l’hôpital de signer un « Mémorandum of Understanding » avec le Diocèse de Gahini. Cela aurait dû amener à une exonération des taxes. Du moins pensaient-ils.         

Armés de ces nouveaux documents, le Dr Schoobee accompagné d’un agent en douane se sont rendus aux MAGERWA et se sont vus dire que le certificat d’analyse pour chaque article (matériel) est requis.   

« Tous ces équipements ne sont pas analysés », explique le Dr Schoobee qui semble bien maîtriser ce qu’il dit. « Ils sont fabriqués et approuvés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) essentiellement comme un équipement répondant aux normes de la vision 2020.»

Tout ce que Dr Shoobee et l’agent en douane ont pu savoir c’est qu’ils n’en étaient pas au bout de leur peine avec les MAGERWA et la « Taskforce » chargée des pharmacies au sein du Ministère de la Santé. La « Taskforce » demande un plan détaillé sur l’utilisation de chaque équipement - y compris chaque pair, des centaines de pairs de ciseaux utilisés en chirurgie.    

« Ce que je peux dire c’est que les ciseaux sont utilisés quand on opère les yeux mais je ne peux pas dire tel pair de ciseaux fera ceci et tel autre fera cela », dit le Dr Schoobee sur un ton qui résonne presque comme un cri. Apparemment il ne comprend pas comment une demande pareille a été faite. Il révèle que les deux départements ont fait cette demande successivement.   

Méfiant au moment où l’Agence Rwandaise d’Information (ARI) l’a contacté après avoir appris l’information par une de ses sources, le Dr Schoobee a d’abord voulu savoir comment nous avons obtenu cette information.  

C’est une habitude courante que les gens qui se plaignent des services reçus d’institutions gouvernementales rechignent à parler publiquement de peur d’encourir des représailles.  

Puis est venu le problème du «visa d’importation » qui est un document nécessaire pour toute importation. Sa durée de validité est de 2 semaines et il est vite devenu un véritable supplice pour le Dr Schoobee.

« Ils vous envoient chercher des documents, et quand vous les leur amenez, le visa d’importation a déjà expiré. Il faut alors trouver un autre visa d’importation », se plaint le Dr Schoobee. « Mais ça fait deux ans que le matériel est déjà au Rwanda ; je ne peux pas comprendre pourquoi on a toujours besoin d’un nouveau visa. »

MAGERWA et la « Taskforce des pharmacies » réclament aussi les « certificats de fabrication » pour tous les matériels, mais le Dr Schoobee dit que ces documents sont les caisses (ou cartons) dans lesquelles sont emballés les matériels. Ce qui est frappant c’est que le Directeur de l’hôpital et le Dr Schoobee affirment n’avoir jamais été autorisé de voir ces médicaments et matériels médicaux.    

En d’autres termes, les MAGERWA et la « Taskforce » demandent les certificats de production mais refusent les explications pour trouver des réponses qu’ils ne peuvent avoir qu’en ouvrant les caisses (ou les cartons). « Aucun d’entre nous n’a été là, nous n’avons reçu que la liste de produits », note le Dr Bonane.

La seule solution : Le Président Kagame


Et pourtant, ce n’est pas la première fois que le Dr Schoobee doit retirer un matériel médical des stocks de MAGERWA. « Je m’y suis toujours rendu avec un agent en douane. Auparavant tout a été toujours ouvert, contrôlé, vérifié et signé et nous avons eu notre matériel sans aucun problème », dit-il. Mais à cette dernière réception, l’agent en douane refuse de s’impliquer.   

L’agent en douane a dit au Dr Schoobee que l’affaire n’est pas rentable parce qu’il a été plusieurs fois aux MAGERWA des mois durant et ce, sans aucun succès. Depuis des semaines l’agent en douane ne décroche plus son téléphone quand le Dr Schoobee appelle pour demander où il en est avec ce dossier - signe parlant sur son état de frustration car il n’a aucune réponse.   

« Des gens m’ont dit d’aller directement à la Présidence, mais le Président a beaucoup à faire, de loin plus important. Il ne peut pas être impliqué dans les petites affaires de ciseaux », soutient-il.

A cause de frustration, c’est devenu courant que les gens fassent appel au Président pour résoudre leurs problèmes. Dans la plupart des cas ces problèmes trouvent solution immédiatement. Les observateurs disent que cela vient du peu de satisfaction quant aux services rendus à la communauté par certains institutions et/ou personnalités gouvernementales.

MAGERWA et Taskforce rejettent les accusations


Quand le Directeur des MAGERWA Mr Louis Benimana, a été contacté il a nié les accusations selon lesquelles ils auraient saisi le matériel de l’hôpital. Il a affirmé que le matériel était dans leurs entrepôts mais que le MAGERWA attendait les documents des services de la douane.  

« Les MAGERWA ne saisissent pas les biens mais nous les gardons simplement pendant que la douane fait son travail », dit-il. « L’importateur prend le temps de dédouaner pendant que nous gardons en sécurité ses biens. Mais ils sont obligés de payer une taxe quand ils dépassent 15 jours. La taxe est calculée sur base de poids et de jours de retard. »    

Mr Benimana ajoute : « Que ces gens (de l’hôpital de Gahini) vous disent avec qui ils ont affaire, parce que c’est devenu une habitude  -même lorsque quelque chose concerne la douane ou l’Office Rwandais de Normalisation- de tout jeter sur les MAGERWA. Il est aussi possible que ces médicaments soient expirés. »

Il dit que les MAGERWA ne demandent à l’hôpital de Gahini qu’une autorisation des services de douane et les taxes qui couvrent l’entière période pendant laquelle ces dons ont été gardés dans les entrepôts de MAGERWA. Ces taxes seront calculées en excluant les 15 premiers jours.

Quant à Viateur Mutanguha, responsable de la « Taskforce des pharmacies » au Ministère de la Santé : « les dirigeants de l’hôpital de Gahini ont reçu une liste des documents exigés pour prendre possession de leur matériel mais ils ne sont pas revenus.»

Il dit qu’il a été demandé aux responsables de l’hôpital d’amener un « mémorandum of understanding » entre l’hôpital et le Diocèse mais ce document n’a jamais été présenté. Il aurait servi comme certificat d’exonération nécessaire pour dédouaner ces médicaments qui ne devraient pas payer les taxes.      

Mr Mutanguha a également indiqué à ARI que certains médicaments ne répondent pas aux critères exigés en terme d’expiration pour entrer au Rwanda. Et pourtant il n’a pas précisé quels sont les médicaments, parmi ceux envoyés, ne rentrent pas dans les délais d’expiration exigés.    

« Ce sont le genre de médicaments qui viennent de ces gens qui prétendent nous aider avec n’importe quoi dont ils n’ont plus besoin dans leurs pays », dit-il. « Nous avons une réglementation régissant les donations. Elle  doit être  la respecter.»  

La loi stipule que les médicaments offerts comme don doivent avoir trois quarts (3/4) de leur durée d’expiration qui leur restent. Ceci veut dire qu’un médicament qui a une durée d’expiration de 4 ans ne peut pas être accepté comme don que s’il lui reste une durée d’expiration de 3 ans au minimum.      

Aux réclamations de l’hôpital de Gahini qui s’est vu refusé d’ouvrir les caisses alors c’est là où on aurait pu trouver les certificats d’analyse exigés, Mutanguha rétorque que c’est tout simplement « regrettable. »

«Tout ce que je peux vous résumer c’est que ces gens (Hôpital de Gahini) devaient apporter les documents qui leur avaient été énumérés en détail mais ils ne sont pas revenus», a dit Mutangana. La dernière fois que ces responsables de l’hôpital de Gahini sont venus au bureau de la « Taskforce » c’était le 1er septembre de cette année.

Les dons s’arrêtent

Selon son administration, l’hôpital reçoit chaque mois en moyenne au moins 200 personnes souffrant de diverses maux liés aux maladies des yeux. Il semble que ces personnes, dont la plupart sont très pauvres, devront trouvent une autre solution ailleurs parce que les MAGERWA et la « Taskforce des pharmacies » ne font pas leur travail.

« Pouvez-vous vous imaginer cette bureaucratie. Si nous devons envoyer un  malade que nous pouvions traiter à l’hôpital de Kanombe (à Kigali), combien va-t-il dépenser pour le transport, le logement, la restauration etc. ? Se demande le Dr Bonane.

« Vous pouvez donc comprendre notre préoccupation et combien les gens pauvres sont entrain de souffrir ici.»

Bonane dit que plus de 1000 patients enregistrés suite aux accidents, différentes fractures et malformations auraient pu bénéficier des appareils orthopédiques.

Notons que le matériel saisi ne constitue pas le seul don que l’organisation de charité suisse Charity Christian Blind Mission a offert à l’hôpital. L’imposant bâtiment qui abrite le bloc opératoire et une vaste réhabilitation du centre qui aide les handicapés sont construits par cette mission de charité suisse.    

Bien que la mission suisse avait indiqué qu’il comptait envoyer d’autres fournitures, le Dr Schoobee leur a informé que c’est comme si rien n’avait été envoyé. « Quelle est l’importance d’envoyer encore alors que nous ne sommes pas sûr que ceci ne se reproduira pas ? », dit-il.  
 

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