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Kagame innocenté, la thèse Bruguière s’effondre

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ImageParis: Et de trois ! Après Emmanuel Ruzindana et Abdul Ruzibiza, c’est maintenant au tour de Richard Mugenzi de revenir sur les déclarations faites dans le cadre de l’information judiciaire ouverte par le juge Bruguière et relative à l’attentat du 6 avril 1994, qui coûta la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et qui fut le signal du déclenchement du génocide des Tutsi.

Or après la rétractation de ce nouveau témoin clé, il ne reste aux deux juges français - qui ont bien malgré eux hérité de ce dossier - plus grand-chose à se mettre sous la dent pour confirmer la culpabilité de l’actuel président du Rwanda, Paul Kagamé, dans l’assassinat de son prédécesseur.
 
A fortiori, plus rien ne justifie qu’on persévère à harceler le chef du protocole de la présidence rwandaise, Rose Kabuye, qui, rappelons-le, a été déférée devant la justice française suite aux mandats d’arrêt lancés par le juge antiterroriste, notamment au motif qu’elle aurait accordé le gite a ceux qui étaient, selon lui, alors sur le point de commettre l’attentat.
 
Or si la rétractation de Ruzibiza avait déjà, en novembre dernier, fait voler en éclats ce fantasmagorique « network commando », qu’était censé avoir coordonné Kagamé, c’est maintenant au tour de la transcription des propos victorieux qu’auraient, dans les heures qui suivirent l’attentat, tenus des membres de son mouvement - le Front Patriotique Rwandais (FPR) (mouvement non ethnique à majorité tutsi) - de finir en confettis.
 
Contrairement cependant à la rétractation de Ruzibiza, qui s’en était en son temps tenu à revenir sur son témoignage, précisant notamment qu’il n’avait jamais eu connaissance de l’existence d’un quelconque « network commando » auquel il avait pourtant prétendu avoir appartenu, celle de Mugenzi, qu’a recueillie Jean-François Dupaquier, commentée dans Monde et le Nouvel Obs, s’accompagne d’une mise en cause explicite d’un des cerveaux du génocide, le colonel Nsengyumva.
 
Ce dernier aurait, selon le témoin, élaboré des notes qu’il aurait aussitôt transmises à Mugenzi pour, qu’en tant qu’opérateur radio, il les lise publiquement, comme s’il venait d’intercepter sur les ondes des messages émanant du FPR.
 
Parmi ceux-ci, des membres du parti de Kagamé étaient censés s’être félicités de la réussite de l’attentat. Cités à plusieurs reprises dans la procédure du juge Bruguière, ces prises de notes représentaient donc l’ultime atout du château de cartes, déjà bien fragilisé par les précédentes rétractations.
 
Aujourd’hui le véhicule sur lequel se sont joyeusement engouffrés les Bruguière, Péan et autres Védrine roule donc douloureusement sur les jantes. Ne parvenant plus à tenir sa direction, il s’emballe et fonce désormais moins joyeusement vers la piste française.
 
Si les extrémistes hutu se sont en effet donnés tant de mal pour confectionner ces faux bordereaux accusateurs, c’est évidemment pour couvrir leur propre appartenance à l’équipe chargée d’organiser non seulement l’attentat mais aussi les fausses rumeurs.
 
Or il a bien fallu que quelqu’un tirât les missiles qui abattirent le Falcon présidentiel ! La tâche de la construction de la rumeur ayant en partie été confiée au témoin aujourd’hui rétracté de Bruguière, à qui a donc bien pu incomber celle consistant à tirer les missiles ?
 
Maintenant que le Président Kagamé et son FPR sont mis hors de cause par Mugenzi, ce sont leurs adversaires vers qui les soupçons s’orientent naturellement. Ce sont eux qui ont assassiné le Président Habyarimana afin de fournir un mobile au déclenchement soi-disant spontané et vengeur du massacre des Tutsi.
 
Si la question de savoir qui a fabriqué la rumeur d’un attentat tutsi se voit définitivement écartée par la rétractation de Richard Mugenzi, elle ne dit toutefois pas qui a tiré les missiles tueurs, personne n’ayant encore osé émettre l’hypothèse qu’ils se soient mis à feu de façon spontanée. Qui donc, entre les hutu génocidaires et leurs alliés français, a descendu le Falcon 50 à bord duquel se trouvaient les présidents rwandais et burundais ?
 
Une chose est certaine : l’interprétation de la partition du génocide n’attendait plus que ce premier coup de baguette pour commencer. Il n’était donc pas concevable, pour ceux qui l’avaient instigué, de manquer l’avion-cible, ni même de prendre le risque de le rater.
 
Chaque musicien de l’orchestre génocidaire avait déjà saisi son instrument. L’officier des FAR à la désinformation radio, les dizaines de milliers de miliciens aux barrières.
 
Qui donc se trouvait derrière les lance-missiles ? Une chose est sûre, c’est qu’on n’a jamais croisé au Rwanda de spécialistes de missiles sol-air parmi les belligérants. Et pour une cause assez simple, somme toutes : aucune des forces en présence dans le pays des mille collines n’a jamais disposé d’un avion de guerre !
 
De plus, excédés par l’incapacité des soldats des Forces Armées Rwandaises (hutu) de tenir tête aux forces du FPR (à majorité tusti), on voit mal les instructeurs français des forces ethniques hutu déléguer à  leurs décevants élèves la tache délicate consistant à traiter la cible présidentielle. Et d’abattre le Falcon à coup sûr et à leur première tentative, eux qui ignoraient absolument tout du maniement des missiles sol-air… Guerre et génocide n’ont jamais été une fête foraine !
 
Il ne reste plus que des mercenaires français, voir des soldats français, qui, non seulement auraient eu intérêt à tirer sur cet avion, mais en étaient absolument capables (il existe des unités d’opérateurs de missiles antiaériens à revendre dans les rangs de la grande muette) pour avoir rempli la sale besogne.
 
Ce faisant ils auraient, pour l’occasion, sacrifié leurs trois concitoyens qui faisaient partie de l’équipage de l’avion-cible et à qui, comble de cynisme, la République Française aura eu l’outrecuidance de délivrer la légion d’honneur à titre posthume ! Que le réveil de leurs veuves risque d’être dur.
 
Et on repense évidemment aujourd’hui à ces soldats français, aperçus revêtus d’uniformes belges dans la zone et au moment du tir des missiles, mais n’ayant pas pour autant dérogé à la tradition de porter le béret à la française.
 
Un déguisement qui permettra d’affirmer, à l’époque, dans la droite ligne de la désinformation orchestrée par le colonel Nsengyumva, que c’étaient des soldats belges qui avaient été vus en train d’abattre le président rwandais ; ce qui coûta – par "vengeance spontanée" - la vie à dix vrais Casques bleus belges, à ajouter au bilan du coup tordu le plus sanglant de l’histoire de la Françafrique.
 
La reconnaissance de l’innocence du FPR, et la levée des mandats Bruguière, qui devraient maintenant normalement intervenir, à moins que Paris ne désire enfoncer la justice française jusqu’aux oreilles dans une embrouille inextricable, sont susceptibles d’ouvrir une piste d’investigation pour le moins embarrassante.
 
La communication de la diplomatie française s’est toujours parfaitement mise au diapason du contenu du témoignage premier de Richard Mugenzi. Le Quai n’a ainsi cessé de soutenir le scénario selon lequel Kagamé aurait volontairement provoqué le génocide de son ethnie pour disposer d’un mobile nécessaire à prendre le pouvoir à Kigali par la force.
 
Du grand cynisme ! Particulièrement quand on sait que la majorité des combattants du FPR perdirent des membres de leur famille dans ce génocide, à commencer par l’actuel président du Rwanda !
 
Ce ne fut toutefois qu’après la victoire du FPR que ce schéma pour le moins complexe – mais combien confortable pour la France officielle ! - fut élaboré, ce, en s’appuyant sur le sempiternel mais contestable adage du « à qui profite le crime ? ».
 
Il conviendrait que tout ceux - Marianne et Le Monde en tête - qui, pendant des années, ont cru bon de propager cette thèse infamante d’inspiration cannibaliste aient au moins la décence de reconnaître aujourd’hui leur faute.
 
Aujourd’hui, la donne a changé et a rejoint la réalité exprimée, envers et contre tous, par la Ména et l’auteur de cet article depuis des années.
 
L’articulation temporelle de l’événement génocide avec l’événement attentat a fait partie intégrante du plan génocidaire, en ce que la séquence des déclenchements externes de l’attentat, puis du génocide, était censée donner l’illusion que ces deux événements étaient unis par un lien de cause à effet.
 
Un génocide qui intègre de façon indivisible la notion de planification.
 
La "spontanéité" planifiée de la "réaction" à la nouvelle de l’assassinat du Président Habyarimana par le FPR s’exprimerait dans une colère dont l’utilisation ostensible de la machette devait mettre en avant le caractère populaire.
 
Ce n’est certes pas pour rien si l’ancien ministre français de la Coopération, Michel Roussin, aussi bien que l’ancien chef d’Etat-major français aux Armées, Jacques Lanxade, firent savoir que « ce ne sont pas les soldats français qui tenaient les machettes qui ont tué des centaines de milliers de Tutsi ».
 
De tels propos ont visé à ce que nous maintenions coûte que coûte notre représentation du génocide des Tutsi au niveau exclusif d’un événement machette, c’est-à-dire d’une réaction populaire, soit encore d’une réaction spontanée, soit, enfin, implicitement, à un niveau autre que celui ou se situe un génocide. Telle est la nouvelle forme empruntée aujourd’hui par le négationnisme. Il est implicite comme l’est notre racisme sur lequel il s’appuie.
 
Un coin supplémentaire du voile vient donc d’être soulevé. Il en reste d’autres et non des moindres pour finir par percevoir la secrète mélodie macabre du génocide des Tutsi du Rwanda. Une mélodie dont le rythme ne s’appuie pas que sur la percussion de machettes qui, reconnaissons-le, n’a jamais fait partie de l’arsenal des soldats français, mais sur des armes elles bien modernes. Des armes qui ne furent pas qu’entre les mains des forces armées rwandaises quand ces dernières les pointaient sur des femmes, enfants et vieillards tutsi.

 

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