La liberté d’expression a été utilisée comme une arme du génocide en 1994 au Rwanda. Aujourd’hui Judi Rever l’utilise pour le déni de ce génocide. Quelle différence?

By Yolande Mukagasana*

La liberté d’expression a été utilisée comme une arme du génocide par des médias extrémistes Hutu pendant les années qui ont précédé le génocide contre les Tutsi et le monde a laissé faire. La tristement célèbre Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), le journal Kangura qui a publié les Dix commandements du Hutu et bien d’autres.

Des journalistes ont été jugés par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda et ils n’étaient pas tous rwandais. George Ruggiu n’était pas rwandais. Aujourd’hui  nous ne  pouvons  aucunement  tolérer  les  révisionnistes  et  négationnistes  du génocide contre les Tutsi qui utilisent la liberté d’expression pour nier ou manipuler l’histoire de  ce  génocide.  Nous  pouvons  encore  moins  tolérer  ceux  qui  taxent  nos  libérateurs  de criminels.  26  ans  de  mensonge  et  de  torture  imposés  aux  rescapés  est  intolérable  et impardonnable. C’est un acte criminel qui devrait faire l’objet d’un procès.

Selon les règles de la recherche, on montre ses sources. Dans le cas de la soi-disant ” journaliste ” Judi Rever, ses témoins sont toujours anonymes; ses preuves fallacieuses. De quelle espèce de recherches parle-t-elle? Son pays, le Canada, dont les médias permettent cela, alors qu’ils affirment défendre les valeurs humaines, nous laisse perplexes. Rappelons que le Génocide contre les Hutu qui aurait été commis par les Tutsi a été annoncé pour la première fois dans un article rédigé par «l’Association des Femmes Parlementaires pour la Défense des Droits de la Mère et de l’Enfant » en collaboration avec le Dr. Mugesera Léon. L’article intitulé Toute la vérité sur la Guerre d’octobre 1990 au Rwanda a été publié en février 1991; on y lit sur la 5ème page l’argument suivant: «la guerre du FPR c’est pour restaurer la  dictature  des  extrémistes  de  la  minorité  Tutsi  assise  sur  un  génocide, l’extermination de la majorité Hutu.» Les auteurs de cet article, en commençant par le Dr. Léon Mugesera, qui a été condamné à la réclusion à perpétuité, sont les auteurs du Génocide contre les Tutsi.

Les organisateurs du génocide contre les Tutsi ont conçu cette idéologie pour amener les Hutus à craindre et à haïr les Tutsi. Ils ont ensuite utilisé les institutions de l’État pour transformer la peur et la haine en une myriade d’actes de chasse, de viol et de massacres ayant constitué ce génocide. Dans son livre When Victims Become Killers (Quand les victimes deviennent des tueurs) le professeur Mahmood Mamdani, universitaire et auteur de plusieurs livres, souligne que « La plupart des génocides ont été rationalisés, mobilisés, organisés, expliqués comme des actions préventives; faites-leur ce qu’ils vous feront avant qu’ils ne vous le fassent ». Judi Rever soutient

Le  génocide  contre  les  Tutsi  n’a  pas été  un  crime  de  gens  ignorants.  Il  a  été  planifié  et coordonné par les intellectuels, les politiques, les militaires. Les journalistes y ont contribué comme Judi Rever et Stéphan Bureau qui lui a donné une tribune en diffusant ainsi ses insultes et crimes de déni du génocide contre les Tutsi sans état d’âme, ni honte, ni scrupule!

Le Canada par le billet de son ambassadeur au Rwanda devrait faire un commentaire sur ce que  nous  dénonçons  avec  colère  et  indignation  et  nous  dire  si  son  pays  soutient  le négationnisme de ses journalistes. Au Canada, le pays de Judi Rever et de Stéphan Bureau, personne ne peut oser prétendre que les Juifs se seraient déguisés en nazis et auraient assassiné leurs  propres  familles.  Personne  n’aurait  le  cœur  de  mettre  en  cause  les témoignages  des rescapés  de  la  Shoah  en  les  accusant  de  diffuser  une  “version  officielle  de  l’histoire  qui conviendrait à l’État d’Israël “. Pourquoi cela serait-il permis quand il s’agit de l’histoire du Rwanda? Comment le Canada peut-il permettre cela? Nous avons besoin de comprendre, mais qu’on ne vienne pas nous raconter que c’est la liberté d’expression car nous la connaissons pour l’avoir vécue au Rwanda en 1994.

La Fondation Yolande Mukagasana est une fondation indépendante promouvant la recherche sur le génocide perpétré contre les Tutsi. Parmi ses différents objectifs figure, en toute première ligne, la lutte contre le révisionnisme et le négationnisme de ce génocide, ainsi qu’un combat déterminé contre l’idéologie génocidaire qui se dissimule sous ces multiples actes de déni. Par conséquent, nous condamnons fermement aussi bien la Radio Canada pour avoir offert une tribune au mal, que les propos de déni du génocide contre les Tutsi prononcés par Judi Rever et Stéphan Bureau: leurs propos insultent la mémoire en se cachant derrière le prétexte de la liberté d’expression.

Pour la Fondation Yolande Mukagasana

* Yolande Mukagasana

Présidente

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