La Maison Shalom suspend des bourses d’études universitaires pour plus de 100 étudiants réfugiés burundais

Marguerite Barankitse et Richard Nijimbere entourés de boursiers de la Maison Slalom lors d’une cérémonie de remise de diplômes dans une université de Kigali, janvier 2020

L’annonce a sonné comme un coup de massue chez les concernés. Les plus affectés sont des étudiants réfugiés burundais dont les travaux de fin d’études s’approchaient.

La Maison Shalom n’a pas donné plus de détails. Les étudiants croient que cela est lié au rapatriement des réfugiés burundais.

“Suite au contexte actuel et à ses exigences, nous avons le regret de vous annoncer que votre demande de bourses d’étude a été refusée”, une phrase de la lettre envoyée à plus de 100 étudiants, réfugiés burundais dans différents campus universitaires du Rwanda.

SOS Médias Burundi s’est procuré une copie de cette correspondance envoyée par émail par la Maison Shalom.

Les premiers à avoir reçu le message de suspension de bourses sont des étudiants l’Université INES-Ruhengeri, située dans le district de Musanze au nord du Rwanda. La plupart d’entre eux s’apprêtaient à faire des travaux de mémoire ou de fin d’études.

Ils indiquent ne pas savoir à quel Saint se vouer.

“Pour nous de la Génie Civile et Ingénierie, il ne nous restait que deux mois. Et c’est le troisième trimestre qui reste impayé. À part nous qui sommes en année terminale, il y a d’autres qui venaient de commencer la première année ou ceux qui sont en troisième. Nous demandons à la Maison Shalom de payer au moins l’année qui est en cours et peut revoir les choses à partir de la prochaine année académique », ont souhaité des étudiants.

Un de ces jeunes burundais a précisé que le montant du troisième trimestre s’élève à plus ou moins quatre cents mille francs rwandais pour chacun.

Mais pour la Maison Shalom, la décision est irréversible.

“Nous vous souhaitons une bonne suite dans vos démarches de recherche de fonds pour la poursuite de vos études universitaires”, conclut la correspondance signée par Richard Nijimbere, Directeur pays de cette Fondation d’origine burundaise.

Pour en arriver à cette décision, la Maison Shalom a demandé à ces étudiants d’écrire une lettre de demande de bourse en octobre dernier, ce qui a inquiété les jeunes réfugiés burundais.

“D’habitude, on signe un mémorandum d’entente au début de l’année académique et d’autres affaires se traitent entre la Maison Shalom et chaque campus. Nous recommander d’écrire une lettre de demande de bourse avant même la fin de l’année nous a semblé cacher d’autres visées. Et voilà, c’est une surprise désagréable. C’est dommage pour nous, jeunes réfugiés démunis et vulnérables qui avons eu cette chance”, se désolent des étudiants qui se sont confiés à SOS Médias Burundi.

Effet retour des réfugiés

Même si cette fondation n’a pas précisé les raisons de cette suspension de bourses d’études, les concernés soupçonnent la colère liée aux propos de l’un de leurs ainés qui est récemment rentré d’exil.

Il s’agit de Céleus Hatungimana, qui a fait l’Université de Kibungo à l’est du Rwanda sur la bourse de la Maison Shalom. Il est parmi les cinq promoteurs de la pétition de demande de rapatriement des réfugiés du camp de Mahama. Ce dernier a ouvertement accusé Marguerite Barankitse, fondatrice de l’organisation d’avoir tout fait pour empêcher les réfugiés de retourner au Burundi.

“Barankitse m’a appelé et m’a mis en garde qu’elle peut me faire du mal car d’après elle, je viens de commettre la trahison. Elle m’a indiqué que je dois rembourser les frais de bourse universitaire que sa fondation a payés pour moi”, avait précisé celui qui était numéro deux sur la liste des promoteurs du retour volontaire des réfugiés du camp de Mahama.

Barankitse s’est défendue. “Céleus? Oui, je l’ai appelé comme d’ailleurs je le faisais plusieurs fois car il est parmi mes enfants que j’ai élevés et pour qui la Maison Shalom a payé un Scolarship à l’université. Mais je ne l’ai pas empêché de rentrer car je sais que le retour doit être individuel. Tout simplement, je suis indignée de l’entendre dire que personne ne les a aidés alors que la Maison Shalom a tout payé pour lui pendant quatre ans d’études universitaires”, a rétorqué Marguerite Barankitse.

M. Hatungimana a par la suite été rapatrié lors du premier convoi, fin août dernier. Plus de dix étudiants qui ont aussi bénéficié de cette bourse sont rentrés dans les convois qui ont suivi.

Pour le moment, une source bien informée dit que la suspension de bourses est “l’effet Céleus”. La fondation serait, selon une source contactée par SOS Médias Burundi, “fâchée de former des gens qui vont par après travailler pour le pouvoir qui a envoyé Barankitse en exil”. Pire encore, “ces types ont collaboré avec les détracteurs de la Maison Shalom depuis Ruyigi( est du Burundi) où est basé l’ancien quartier général de la fondation », explique-t-elle.

Ces étudiants demandent à Marguerite Barankitse, fondatrice de la Maison Shalom, d’être “une bonne mère comme elle l’a été toujours”, si non à tout âme charitable de les aider à terminer leurs études universitaires.

Depuis 2015, la Maison Shalom a supporté les frais de bourses universitaires pour plus de 400 jeunes réfugiés burundais. (Fin)