La Sénégalaise Binta Diop
La Sénégalaise Binta Diop veut transformer le patriarcat africain qui a maintenu le monopole sur la communauté, et elle le fera grâce au lancement de l’Académie africaine pour les femmes en leadership politique. Lire son entretien avec André Gakwaya de l’Agence Rwandaise d’Information (ARI), en marge du lancement.

Dlamini Zuma porsche de Hanna Shahim, Ambassadrice d’Egypte au Rwanda, et à gauche Samba Panza
B.D – Je suis Binta Diop, celle qui a facilité la création de AWLN, l’Africa Women Leaders Network, qui est ici aujourd’hui, qui a tenté de lancer l’académie. je suis du Sénégal. La cohorte que nous venons de lancer aujourd’hui, c’est une vision, la vision des femmes africaines qui veulent réellement qu’il y ait assez de femmes africaines au top niveau de la sphère politique. Et c’est ce qui nous a motivés en tant que Women Leaders. Vous avez vu les anciens chefs d’État dans la salle qui m’ont motivée. Quelle est AWLN ? Peut- être c’est de commencer par là. Le Women Leaders Network, c’est un réseau de femmes qui existe dans 40 pays, y compris ici au Rwanda. Donc, ce que nous faisons, c’est de regarder tout ce que les femmes peuvent faire pour être au top niveau en termes de leadership. Ça peut être un leadership de la base, parce que le leadership, ce n’est pas seulement en top, mais c’est aussi à tous les niveaux. Donc c’est pourquoi, au niveau politique, nous avons décidé de créer une académie. Et je pense que là où c’est mieux, c’était le faire au Rwanda, où nous avons plus de 60% de femmes au Parlement. Globalement, dans le monde entier, le Rwanda est le numéro 1. Donc nous avons voulu faire en sorte que cette académie soit ici et qu’elle puisse créer une masse critique de femmes leaders en Afrique. On en a besoin. La plupart du temps, dans les structures, on nous demande où sont les femmes leaders. Donc l’objectif, c’est de leur donner les outils, tels que la formation, de leur ouvrir les portes, tels que le réseautage, mais de leur donner aussi le mentorat. De faire en sorte que nous puissions, moi, parce que nous avons vécu sur les épaules des géants.
Ma mère était une activiste, une battante. J’ai vécu avec elle et j’ai appris d’elle. Mais il y a beaucoup de femmes dans cette salle qui ont appris de celles qui se sont battues. Et aujourd’hui, nous sommes là pour accompagner la jeunesse, la jeunesse qui aspire à être chef d’État, à être parlementaire, mais aussi au niveau grassroots. Il y en a qui sont chefs dans les communautés, dans les communes, qui sont des maires, etc. Donc nous sommes là vraiment pour créer cet environnement. Je l’appelle l’écosystème. Parce qu’il y a beaucoup de politiques au niveau de l’Union africaine. Par exemple, la parité, le principe de parité. L’Union africaine dit toujours une femme, un homme ou un homme, une femme. Dans les mécanismes de décision, etc. Mais comment réaliser cela ? L’Académie est là pour cela.

ARI – Quels sont les grands écueils, les grands obstacles que la femme africaine rencontre ?
B.D – Comment vous êtes en train de montrer la femme leader en Afrique ? Vous la voyez toujours comme une victime, n’est-ce pas ? C’est un obstacle. La première chose, c’est de voir ce qu’elle fait. Qu’elle est en train d’accomplir. C’est une actrice principale. Ce n’est pas une femme qui en demande, c’est une femme qui donne. Sans la femme, je crois que l’Afrique ne serait pas là où elle est debout. Donc il y a déjà cet obstacle dans sa société. Comme on dit, le système patriarcal est toujours là. Les hommes ne donnent pas l’espace aux femmes. C’est un premier obstacle. Deuxièmement, elle parle de finance. On a besoin de financement. Les hommes sont eux qui obtiennent la terre. C’est eux qui peuvent donner les garanties dans les banques, etc.
Comment on peut faire pour que les femmes puissent avoir accès ? Accès, c’est juste accès. Accès aux terres, accès aux finances. Voilà. C’est comme ça que nous pensons qu’il y a un deuxième lieu. Et certainement, un troisième lieu, c’est tout ce qu’il faut comme mentoring. De les coacher, de leur montrer le chemin, que c’est possible.
Mais aussi qu’elles aient un agenda de transformation. Parce que quand on parle de leader, on pense que c’est seulement être assis dans un bureau, n’est-ce pas ? Ou d’avoir une carte de visite pour dire, je suis membre du Parlement. Non, ce n’est pas cela. Ce qu’il faut, c’est comment on va transformer sa société. Comment on va contribuer à la transformation ? Comment on peut donner à celles qui en ont besoin ? Comment tendre la main à cette société ? Voilà ce que nous sommes en train de faire quand on parle de networking et d’autres outils.

ARI – Mais vous voyez déjà qu’il y a un impact ?
B.D- Moi, quand je suis assise dans cette salle… Avec cette ouverture, bien sûr, on peut se baser sur ce qui vient d’être fait. Ce qui est en train d’être fait, c’est déjà le commitment, comme on dit, la volonté. Cette volonté dans cette salle de dire, nous allons transformer. Nous sommes déjà 40. Le besoin est là. Il y a mille et quelques qui ont demandé de faire partie de cette première cohorte. Mais on en a 40, les possibilités. Mais ces 40 sont déterminées dans cette salle. De dire, chacune d’elles, en demandant de faire partie, elle s’est dit, moi, je vais contribuer à cette transformation. Si aujourd’hui, vous me donnez l’opportunité d’avoir les outils, d’avoir les éléments qu’il faut, ce que je vais faire, retourner chez moi, je vais prendre l’autre à la main.
Celle qui est à côté de moi. Donc ça va faire une chaîne de solidarité. Et c’est cette chaîne-là qui va impacter. Mais nous serons là pour pouvoir mesurer. On met des indicateurs. Nous n’allons pas les laisser comme cela. Nous allons les suivre, la deuxième cohorte, la troisième, la quatrième. Et nous allons voir cette chaîne dans la gouvernance, au niveau politique, comment l’Afrique est en train de se transformer. Comment nos fonds, nos ressources vont aussi aux populations. Quand elles seront chefs d’État, il y en a. On en a vu dans cette salle. Qu’est-ce qu’elles ont fait ? Plus d’hôpitaux, plus d’éducation. C’est ça ? Quand on est assis et qu’on distribue les ressources, où est-ce que ça va dans cette gouvernance économique ? Ce qu’il nous faut, c’est distribuer aux populations, dans leurs needs, leurs besoins basiques, qui sont la santé, l’éducation, et pour les jeunes, le travail, le job. C’est ce qu’ils veulent. Et c’est ce que nous sommes en train de faire autour de cette Académie. Créer l’environnement pour eux. (Fin)