Pour la douzième année d’affilée, et la treizième fois en quatorze ans, l’Afrique subsaharienne francophone a globalement affiché en 2025 la croissance économique la plus élevée d’Afrique subsaharienne, tout en demeurant la partie la moins touchée par l’inflation et l’endettement. Cette triple performance devrait de nouveau se répéter en 2026.
À partir des dernières données publiées par la Banque mondiale au mois de janvier, dans le cadre de son rapport semestriel sur les perspectives économiques mondiales, l’Afrique subsaharienne francophone a réalisé en 2025 les meilleures performances d’Afrique subsaharienne en matière de croissance, dont elle a été le moteur continental pour la douzième année consécutive et la treizième fois en quatorze ans. Cet ensemble de 22 pays a ainsi enregistré une croissance globale de 4,9 %, tandis que le reste de l’Afrique subsaharienne a enregistré un taux de 3,4 %.
Dans le même temps, et à partir des dernières estimations du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone a continué, comme depuis plusieurs décennies, d’afficher le niveau d’inflation le plus faible avec un taux estimé à seulement 4,0 %, contre 17,4 % pour l’Afrique subsaharienne non francophone. Enfin, et toujours selon les données du FMI, l’Afrique subsaharienne francophone continue à maîtriser son endettement en affichant le niveau le plus faible en la matière en Afrique subsaharienne pour la neuvième année d’affilée, avec une dette publique estimée à 51,6 % du PIB en 2025, creusant ainsi l’écart avec le reste de l’Afrique subsaharienne (64,6 %).
Une croissance globale de 4,9 % en 2025, portée par de nombreux pays dynamiques
La croissance économique en Afrique subsaharienne francophone a donc connu une légère baisse par rapport à 2024, lorsqu’elle s’était établie à 5,2 %. De son côté, l’Afrique subsaharienne non francophone a observé une hausse de son rythme de croissance, qui était de 2,9 % en 2024.
En zone CFA, qui regroupe 13 des 22 pays francophones (dont la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole et partiellement francophone), ainsi que la Guinée Bissau (lusophone et ancienne colonie portugaise), et qui rassemble 55 % de la population de l’Afrique francophone subsaharienne (et 44 % de celle de l’ensemble de l’Afrique francophone), la croissance est passée de 5,0 % en 2024 à 4,9 % en 2025. Au sein de cette zone, l’espace UEMOA a continué à se distinguer avec une évolution globale de 6,1 %, comme en 2024, confirmant ainsi son statut de plus vaste zone de forte croissance du continent (avec désormais le reste de l’Afrique de l’Ouest francophone), alors même qu’il n’en est pas la partie la plus pauvre (l’Afrique de l’Est étant la partie la moins développée du continent). Pour sa part, l’espace CEMAC, qui compte notamment trois importants producteurs d’hydrocarbures, a de nouveau fait baisser la moyenne globale de la zone CFA, avec un taux de croissance de 2,9 % (contre 3,0 % en 2024).
Quant à la croissance observée en Afrique subsaharienne hors zone CFA, celle-ci s’est élevée 3,5 %. Un taux une nouvelle fois tiré vers le haut par les pays francophones s’y trouvant, et dont la croissance globale a été de 5,0 %. La partie francophone de l’Afrique de l’Est, qui se situe justement en dehors de la zone CFA, a enregistré une progression globale de son PIB de 3,8 %.
Par ailleurs, six des dix plus fortes croissances réalisées en 2025 l’ont été par des pays francophones (contre sept en 2024), à savoir la Guinée (première du classement avec un taux de 7,5 %), le Bénin (deuxième, avec un taux de 7,3 %), le Niger, classé en cinquième position (6,5 %) et immédiatement suivi par le Sénégal (6,4 %) et la Côte d’Ivoire (6,3 %), et enfin Djibouti (dixième, 6,0 %). Le premier pays non francophone, l’Éthiopie, arrive en troisième position (7,2 %). Il convient là de noter que ce classement n’intègre pas le cas très particulier du Rwanda, qui ne peut plus être pris en compte dans les classements économiques africains étant donné que ses performances officielles (7,0 % en 2025) sont largement faussées par le pillage massif des richesses de la RDC voisine, qui représentent désormais près de 50 % des exportations rwandaises de biens (et régulièrement accompagné de massacres de populations civiles). Un cas unique au monde, permis par une protection des États-Unis… et par le silence de la quasi-totalité des pays africains. Par ailleurs, cette injustice n’empêche pas le Rwanda de demeurer parmi les pays les plus pauvres du continent, avec un PIB par habitant de seulement 1 000 dollars exactement en 2024 (classé 38e en Afrique, selon les dernières données disponibles auprès de la Banque mondiale, après intégration d’une mise à jour concernant le Soudan du Sud, pays le plus pauvre d’Afrique).
Les quatre premières économies de l’Afrique subsaharienne francophone ont continué à enregistrer une croissance économique globalement assez vigoureuse. La Côte d’Ivoire, la RDC, le Cameroun et le Sénégal, ont ainsi affiché, respectivement, un taux de 6,3 %, 5,1 %, 3,7 % et 6,4 %. De leur côté, les quatre premières économies d’Afrique subsaharienne non francophone, à savoir l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Éthiopie et le Kenya, ont respectivement réalisé les performances suivantes : 0,8 %, 4,2 %, 7,2 % et 4,9 %. Le Nigeria a ainsi dépassé la barre des 4 % pour la troisième fois seulement depuis 2015.
Par ailleurs, il convient de préciser que la RDC, souvent présentée comme étant la seconde économie d’Afrique subsaharienne francophone (en termes, donc, de PIB nominal, dont le volume dépend en bonne partie de la taille démographique du pays, plutôt que de son dynamisme économique), est en réalité la première économie de la zone. En effet, son PIB demeure très largement sous-estimé, étant donné que la RDC est l’un des rares pays africains, et même le seul parmi les vingt premières économies du continent, à s’appuyer sur une base de calcul vieille de deux décennies (2005 pour année de référence). Une mise à jour de cette méthode totalement obsolète permettrait donc de presque doubler le PIB du pays, le propulsant ainsi à un niveau comparable à ceux de l’Éthiopie et du Kenya, et permettant également à la RDC de dépasser le Nigeria en matière de PIB par habitant.
Sur la période 2014-2025, la croissance annuelle de l’Afrique subsaharienne francophone s’est donc établie à 4,1 % (et même à 4,4 % hors cas particulier de la Guinée équatoriale), contre seulement 2,1 % pour l’Afrique subsaharienne non francophone. Ce taux a été de 3,9 % pour la zone CFA (4,4 % également hors Guinée équatoriale), et de 2,2 % pour l’Afrique subsaharienne hors zone CFA (dont la partie francophone a connu une croissance annuelle de 4,6 %). Sept des dix plus fortes croissances réalisées sur cette décennie l’ont été par des pays francophones, à savoir la Côte d’Ivoire (6,3 % et deuxième du classement), suivie de la troisième à la huitième places par la Guinée (6,1 %), le Niger (5,8 %), la RDC (5,8 %), le Bénin (5,7 %), Djibouti (5,6 %) et le Sénégal (5,5 %). Les pays non francophones étant l’Éthiopie (première, avec un taux de 7,8 %), la Tanzanie (5,4 %, neuvième) et l’Ouganda (5,0 %). La bonne performance de l’Éthiopie s’explique en bonne partie par le fait qu’elle était encore le deuxième pays le plus pauvre du monde en 2012 et qu’elle demeure aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres du continent, avec un PIB par habitant de seulement 1 134 dollars en 2024, la classant ainsi à la 32e place (selon les dernières données disponibles auprès de la Banque mondiale). Ce qui permet d’atteindre facilement des taux de croissance très élevés.
Les quatre premières économies francophones, la Côte d’Ivoire, la RDC, le Cameroun et le Sénégal, ont respectivement enregistré une croissance annuelle de 6,3 %, 5,8 %, 3,7 % et 5,5 %. Pour leur part, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Éthiopie et le Kenya, ont respectivement connu une progression annuelle de 0,8 %, 1,9 %, 7,8 % et 4,7 %. Pour rappel, l’Angola faisait partie de ces quatre premières économies, avant d’être dépassée par le Kenya et l’Éthiopie en 2016. En effet, ce grand pays pétrolier et important producteur de diamants (deuxième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne et quatrième producteur mondial de diamants), a enregistré une croissance annuelle de seulement 0,9 % sur la période 2014-2025. Ainsi, et malgré ses énormes richesses naturelles, l’Angola a également été dépassée par la Côte d’Ivoire en matière de PIB par habitant, malgré une production pétrolière 31 fois supérieure en 2024 (1,1 million de barils par jour en moyenne, contre près de 37 mille seulement). Par ailleurs, la Côte d’Ivoire vient également de réaliser l’exploit de dépasser la Tanzanie en matière de PIB nominal (qu’elle dépassait déjà depuis longtemps en matière de PIB par habitant), malgré une population deux fois inférieure.
Le Nigeria et l’Afrique du Sud, gros producteurs de matières premières, continuent de souffrir de graves problèmes structurels, aggravés par un niveau élevé de corruption, de détournements de fonds et de criminalité. Ces deux pays se sont même appauvris au cours de la période 2014-2025, ayant affiché des taux de croissance régulièrement inférieurs à leur croissance démographique (1,9 % contre 2,4 % en moyenne annuelle pour le Nigéria, et 0,8 % contre 1,2 % pour l’Afrique du Sud. Cette mauvaise santé économique s’est donc naturellement répercutée sur la valeur de la monnaie nationale, qui a connu une forte dépréciation face au dollar au cours de la période, et en particulier pour le Nigeria (baisses de 36 % et 89 %, respectivement).
Bien que le Nigeria soit le premier producteur africain de pétrole depuis plusieurs décennies, le pays n’est toujours pas parvenu à diversifier son économie, dont les exportations reposent encore à environ 90 % sur les hydrocarbures. Aujourd’hui, et malgré de colossaux revenus pétroliers accumulés depuis son indépendance, le Nigeria affiche le plus faible niveau d’espérance de vie au monde (estimée à 54,5 ans en 2023, selon les dernières données de la Banque mondiale), et le sixième taux le plus élevé en matière de mortalité infantile. Par ailleurs, il est également à noter que le pays demeure très en retard en matière d’électrification, avec un taux d’accès à l’électricité de seulement 61,2 % de la population fin 2023 (selon les critères de la Banque mondiale). Enfin, la valeur de sa monnaie par rapport au dollar a été divisée par près de 2 200 fois depuis sa création en 1973, soit une dépréciation supérieure à 99,9 % (à la date du 01 janvier 2026).
En Afrique du Sud, l’économie demeure fragilisée, entre autres, par un niveau record de criminalité (plus de 26 000 homicides en 2024) ainsi que par d’importants délestages dépassant parfois les dix heures par jour dans les grandes villes du pays. Le pays affiche un taux d’accès à l’électricité de 87,7 % en 2023, contre, par exemple, 100 % au Maghreb (et avec une quasi-absence de délestages). Quant à l’Éthiopie, le pays semble s’être remis de la terrible guerre civile ayant provoqué la mort d’environ 600 000 personnes en seulement deux ans, entre novembre 2020 et novembre 2022 (soit, en si peu de temps, plusieurs fois davantage que le nombre de victimes enregistrées dans la totalité des conflits observés dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne anciennement française sur les 65 dernières années). Enfin, le Kenya a réussi à surmonter une partie de ses graves difficultés économiques post-Covid, qui s’étaient notamment traduites par un effondrement des réserves de change, d’importantes coupes budgétaires et l’incapacité provisoire de payer un certain nombre de fonctionnaires. Toutefois, les tensions sociales et politiques y demeurent assez vives, débouchant régulièrement sur de violentes manifestations, durement réprimées. (Fin)