«Le modèle du Bénin: la population qui a accès à l’eau potable est passée de 42% à 84% en dix ans» -Sylvain A. Migan

Sylvain A. Migan, Directeur Général de la Société Nationale des Eaux du Bénin

En dix ans, la population du Bénin qui a accès à l’eau potable est passée de 42% à 84%, selon Sylvain A. Migan (SM), Directeur Général de la Société Nationale des Eaux du Bénin et en même temps le Directeur de l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en milieu rural. Et c’est sous sa direction que de telles performances dans la transformation du secteur de l’eau ont été réalisées. En marge du Symposium sur l’Eau et Assainissement qui se tient à Kigali, Migan a accordé un entretien à André Gakwaya de l’Agence Rwandaise d’Information (ARI) pour parler du modèle béninois :  

S.M – Ce premier panel, c’est le panel du dialogue politique, où les panélistes ont eu à répondre à des questions qui permettront aux décideurs d’avoir les ingrédients qui peuvent provoquer la transformation du secteur de l’eau, pour que les populations et les citoyens puissent en tirer bénéfice. On a parlé dans un premier temps beaucoup de ce qui peut transformer un secteur, quels sont les éléments déterminants qui transforment un secteur. On nous a demandé de donner un mot, qu’est-ce qui peut transformer un secteur. Moi, de mon côté, j’ai parlé beaucoup plus des arrangements institutionnels, parce que tout part des institutions. Si on n’a pas des institutions solides, on peut avoir de l’argent, mais on va dépenser à tort, on n’aura pas de résultat. Donc il faut des institutions solides. Dans un deuxième temps, nous avons parlé de façon contradictoire de ce qui permet à un pays d’avancer. Ils ont mis plusieurs éléments ensemble, leadership, professionnalisation, finance publique, et le vote a été unanime, c’est le leadership. Sans le leadership, on ne peut aboutir à rien du tout. Donc le leadership à long terme.

Quand on dit leadership, ça cache beaucoup de choses. C’est d’abord une vision pour le pays, il faudrait que le pays ait une vision. Deuxième chose, il faudrait qu’il y ait une volonté politique claire affichée, et que la volonté politique permette de prendre de grosses décisions quant aux réformes institutionnelles, à la tarification, au niveau des services qu’on doit donner aux populations, etc. En dernier, c’est un peu rigolo, ils nous ont demandé qu’est-ce que nous sommes fatigués d’attendre, d’entendre. Certains ont dit, ça ne sert plus à rien de dire l’eau c’est la vie, ça ne veut rien dire, il n’y a pas de contenu. C’est un peu marrant. Moi, j’ai dit quelque chose qui a toujours été dit chez moi, qu’on ne peut pas donner de l’eau dans les ménages, à la maison, aux populations. Avec les populations en zone rurale, les villageois ne peuvent pas avoir de l’eau de robinet à la maison. Moi, j’ai dit, non, je suis fatigué d’entendre ça.

Tous les citoyens peuvent avoir de l’eau dans leurs ménages, même en zone rurale reculée. Voilà globalement, en résumé, ce que nous avons fait ce matin. Ce qui compte aussi en Afrique, dans nos pays, c’est la mise en œuvre. Pour donner de l’eau à la population, il faut avoir cette vision, il faut avoir un programme, une planification, mais il faut atteindre des résultats tangibles. Dire à quel moment nous avons atteint ceci, nous avons atteint cela, et il faut qu’on puisse rendre compte que ce qu’on a programmé soit réalisé. C’est ça qui compte. Moi, j’ai parlé essentiellement de ça. Dans un pays, il y a plusieurs fonctions. Pour que ce que vous êtes en train de dire soit une réalité, il faut que ces cinq fonctions soient identifiées et confiées à des institutions capables. La première fonction, c’est la fonction de définition des politiques, des stratégies et des normes. Ça, c’est les ministères qui s’en chargent. La deuxième fonction, c’est la fonction de diagnostic, pour savoir qui a l’eau, qui n’a pas l’eau. Il faudrait qu’une institution dans le pays soit responsable d’identifier là où les gens n’ont pas l’eau. Et cette fonction permet d’avoir une programmation nationale qui est chiffrée. Ensuite, il y a la fonction de réalisation des investissements.

Il faut le confier à des institutions capables de passer des marchés en toute transparence, sans corruption, pour que l’argent qu’on met à leur disposition permette également de produire les infrastructures. Il y a la quatrième fonction de construire les infrastructures. Après, il faut les opérer, il faut les maintenir. On confie à qui ? Qui opère, qui maintient, qui collecte les revenus à travers le tarif, pour financer le coût du service. Donc, si tout cela n’est pas organisé en termes de leadership, où on responsabilise chacune des institutions à remplir ses fonctions et à en rendre compte, on n’aboutira à rien. 

ARI – Qu’est-ce que le Bénin peut offrir comme modèle à l’Afrique en matière d’accessibilité à l’eau ? 

S. M – Au Bénin nous avons commencé cette réforme en 2017, le taux de desserte de la population était de 42%. Aujourd’hui, nous sommes en 2026, moins de 10 ans, nous sommes à 84%. Donc, on a multiplié, on a gagné pratiquement 42 points. Donc, ça veut dire que le modèle sur lequel s’est assis la transformation, c’est un modèle qui marche, c’est un véhicule qui marche, qui permet de doubler les points d’accès à l’eau potable. Donc, nous avons beaucoup de choses à partager avec les pays africains. Ça ne peut pas être du copier-coller, mais ils peuvent s’inspirer du modèle de durabilité que nous avons mis en place pour pouvoir l’adapter à leur pays et produire aussi, en une décade, les mêmes résultats pour le bien des populations. (Fin)