«Le Sénégal et les EAU co-organisent du 08 au 10 Décembre à Abou Dhabi la Conférence des Nations Unies sur l’Eau» -Ministre Tidiane

Le Ministre  Cheikh Tidiane Dieye

Au nom du Conseil des Ministres africains en charge de l’Eau – AMCOW – et au nom du Premier Ministre de la République du Sénégal invité à ce Symposium, le Ministre Sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement et Président de l’AMCOW, Dr Cheikh Tidiane Dieye, s’est adressé aux participants du Symposium sur l’Eau et Assainissement de Kigali,  en leur annonçant que le Sénégal et les EAU co-organisent du 08 au 10 Décembre à Abou Dhabi la Conférence des Nations Unies sur l’Eau ». Lire son important message :

Permettez-moi aussi, avant tout, de transmettre les salutations chaleureuses et fraternelles de Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, Président de la République du Sénégal, à Son Excellence Monsieur Paul Kagamé, Président de la République du Rwanda, ainsi qu’au Gouvernement et au Peuple Rwandais.

Vue des participants

Je voudrais, au nom du Sénégal et d’AMCOW, exprimer notre profonde gratitude aux autorités rwandaises pour leur accueil chaleureux, leur hospitalité et leur engagement constant en faveur du développement du continent africain, mais aussi féliciter les organisateurs du symposium pour avoir choisi ce thème d’une brûlante actualité et d’une remarquable pertinence.

Il est particulièrement heureux que Kigali ait été choisi pour abriter cet important symposium. Car nulle autre place n’aurait été plus appropriée pour parler de vision, de leadership et de transformations durables. Kigali incarne, avec force, ce que le leadership, la vision et la discipline collective peuvent accomplir en matière de transformation d’un pays. Le Rwanda nous rappelle ainsi qu’avec une vision claire, un leadership déterminé et la mobilisation de toutes les forces vives, l’Afrique peut transformer ses défis en opportunités et bâtir le continent que nous voulons. Nous devons tous nous en inspirer. En toute humilité.

Ce symposium se tient au moment où nous célébrons le thème de l’Union africaine pour l’année

2026 : « Garantir un approvisionnement durable en eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063. » Ce choix est profondément significatif. Il signifie que l’eau et l’assainissement ne peuvent plus être considérés comme de simples secteurs techniques.

Car l’eau est, avant tout, un impératif de développement, une question de santé publique, de sécurité alimentaire, d’énergie, de résilience climatique, de paix et de stabilité. L’eau est, en somme, un enjeu de souveraineté.

C’est pour toutes ces raisons que nous devons changer de paradigme. L’Afrique ne doit plus se contenter seulement de faire des diagnostics, d’identifier et de décrire ses crises de l’eau. Elle doit maintenant bâtir une véritable sécurité hydrique.

L’adoption de ce thème sur l’eau et l’assainissement est un appel à l’action à l’échelle du continent. Il témoigne de l’engagement résolu de l’Afrique à protéger les intérêts de la population africaine, ainsi que de sa volonté ferme d’améliorer l’accès à des services d’assainissement sûrs.

La marche de l’Afrique vers la matérialisation de son ambition de garantir un accès sûr à l’eau et à l’assainissement à l’ensemble des peuples du continent est désormais lancée. Elle a franchi une étape historique avec l’adoption de la Nouvelle Vision et Politique Africaine de l’Eau 2063, lors de la 14e Assemblée générale du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), le 29 septembre 2025, à Dakar, au Sénégal.

Cette Vision n’est pas simplement un nouveau document de politique publique. Elle constitue notre boussole commune. Elle affirme que l’eau doit être placée au cœur de la transformation économique et sociale de l’Afrique et nous appelle à garantir l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène ; à renforcer la résilience de nos sociétés face au changement climatique ; à améliorer la gouvernance et la redevabilité ; à mobiliser davantage d’investissements ; à développer nos connaissances et nos données ; et à renforcer la coopération autour de nos bassins et de nos ressources en eau partagées. Quelques mois plus tard, en février 2026, à Addis-Abeba, la 39ᵉ session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine a approuvé la Vision, lui donnant une légitimité politique continentale au plus haut niveau.

Permettez-moi de rendre un hommage appuyé à mes collègues Ministres africains en charge de

l’eau pour leurs leadership, les efforts fournis mais aussi leur pleine conscience du fait qu’au-delà des intérêts nationaux, nous pouvons et devons bâtir des convergences et promouvoir nos complémentarités pour une Afrique forte, unie et solidaire.

Dakar a donné naissance à la nouvelle Vision et Politique Africaine de l’Eau 2026. Addis-Abeba lui a donné sa légitimité politique continentale. Et Kigali doit aujourd’hui contribuer à lui donner sa force d’action.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le sens profond de notre rencontre.

Nous devons désormais passer de la vision à l’exécution. Car l’Afrique ne manque ni de stratégies, ni de résolutions, ni de déclarations. Souvent de brillantes déclarations d’ailleurs.

Ce qui nous manque encore, c’est la vitesse d’exécution. Et sur l’eau, nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. Chaque année de retard signifie des millions de personnes supplémentaires exposées à l’insécurité hydrique, aux maladies liées à l’eau, aux effets du changement climatique et à la dégradation de leurs conditions de vie.

Notre responsabilité politique est donc claire : faire de la Vision africaine de l’eau 2063 un agenda d’investissement, un agenda d’action et un agenda de résultats.

Pour faire face aux enjeux multiformes du secteur de l’eau et de l’assainissement, Il nous faut attirer davantage de capitaux publics et privés, structurer des mécanismes innovants de financement mais aussi renforcer les institutions africaines de financement du développement. Nous devons tous comprendre, et le faire comprendre à nos partenaires internationaux, que financer l’eau n’est pas une dépense : c’est un investissement dans le développement, la santé, la productivité et la stabilité de l’Afrique.

Je voudrais à ce stade aborder une autre dimension de notre politique commune. C’est celle de la coopération. C’est un enjeu sur notre continent. C’est aussi une responsabilité. L’eau ignore les frontières; les fleuves les ignorent, les nappes phréatiques les ignorent, les écosystèmes les ignorent et les défis climatiques les ignorent tout autant.

Pour ces raisons, et pour d’autres, la coopération transfrontalière n’est donc pas un choix diplomatique ou politique facultatif. C’est est une nécessité stratégique. Les données indiquent qu’environ 90 % des eaux de surface de l’Afrique sont transfrontalières et assurent la survie et les moyens de subsistance d’au moins 75% de la population africaine. Elles nous enseignent également que plus 40 % de la population africaine dépend d’aquifères transfrontaliers, en particulier dans les régions arides et sujettes à la sécheresse, ce qui nécessite des approches collaboratives pour garantir des solutions équitables et durables en matière d’eau et d’assainissement.

Nous devons faire de nos bassins transfrontaliers non pas des espaces de compétition, mais des espaces de coopération, d’intégration et de prospérité partagée. L’eau doit rapprocher les peuples africains. Elle ne doit jamais les diviser.

Je voudrais, pour terminer ce voyage, qui nous a mené, au fil de l’eau, de Dakar à Addis Abeba et maintenant à Kigali, amorcer la prochaine étape qui nous mènera à Abu Dhabi, aux Émirats Arabes Unis, en décembre prochain.

Dans quelques mois en effet, du 8 au 10 décembre, le Sénégal aura l’honneur et la responsabilité de co-organiser, avec les Émirats Arabes Unis, la Conférence des Nations Unies sur l’Eau.

Mais nous le savons : cette conférence ne doit pas être seulement la conférence du Sénégal et des Émirats arabes unis.

Elle doit être un moment important pour toute la communauté internationale, mais surtout un moment important pour l’Afrique. C’est pourquoi, depuis Dakar, nous avons voulu placer la préparation de cette conférence sous le signe du dialogue, de la mobilisation et de l’action.

Aussi, je voudrais ici lancer un appel solennel.

À Abu Dhabi, l’Afrique doit parler d’une seule voix.

Nous devons y arriver avec une position africaine forte, des priorités clairement identifiées,

des engagements crédibles, des propositions concrètes sur le financement, une ambition forte pour l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, ainsi qu’une vision claire sur le climat, la coopération transfrontalière, les infrastructures, la gouvernance et l’innovation.

Nous ne devons pas arriver à Abu Dhabi comme une addition de pays africains. Nous devons y arriver comme un continent: Un continent qui sait ce qu’il veut, qui connaît ses défis mais n’attend pas toute la responsabilité de leur résolution des autres; mais surtout, un continent qui, dans le domaine de l’eau comme dans d’autres, connaît sa valeur et sait ce qu’il peut apporter au reste monde.

Il est heureux, à cet égard, de noter que l’Afrique a pris une part active aux préparatifs de la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, notamment à travers la coprésidence des dialogues interactifs. Quatre de ses membres, notamment le Ghana, l’Egypte, la Zambie et l’Afrique du Sud sont parmi les co-présidents des six dialogues interactifs que sont « L’eau pour les populations » ; « L’eau pour la prospérité » ; « L’eau pour la planète » ; « L’eau pour la coopération » ; « L’eau dans les processus multilatéraux » ; et « Les investissements pour l’eau»

L’objectif de ces coprésidences est de mettre en évidence les points communs, les perspectives 

transversales et les priorités émergentes au sein de chacun de ces six dialogues interactifs.

La République du Sénégal apprécie la contribution des Etats membres africains sous la direction de l’Union africaine et de l’AMCOW. J’invite donc, dans ce contexte, les États membres, les communautés économiques régionales, la Commission de l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD), les organisations internationales, les agences des Nations unies, la société civile et les autres institutions régionales concernées à collaborer avec nous tant dans la préparation de la conférence que dans la mise en œuvre de ses résultats par la suite. 

Je me réjouis également que le Sénégal, en collaboration avec l’AMCOW, travaille avec le Département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement

durable de la Commission de l’Union africaine, la BAD, l’AUDA-NEPAD, la CEA, nos communautés économiques régionales, les organismes de bassin, la société civile et le secteur privé afin d’assurer une cohérence verticale et horizontale entre les plans d’action relatifs au thème de l’Union africaine (UA) pour 2026 et à la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026.

Dakar a posé les fondations. Addis-Abeba a consacré notre ambition. Kigali nous invite à passer à l’action. Et Abu Dhabi nous donnera l’occasion de porter cette ambition au monde.

Alors, faisons de cette année 2026 un tournant. Car au fond, notre ambition est simple :

C’est bâtir une Afrique où chaque enfant peut boire une eau sûre ; une Afrique où chaque famille peut vivre dans un environnement assaini ; une Afrique où chaque agriculteur peut compter sur une ressource en eau durable ; une Afrique où chaque ville est préparée aux crises climatiques ; une Afrique où l’eau rapproche les nations au lieu de les opposer ; une Afrique, enfin, qui a les moyens de décider de son avenir hydrique. 

C’est cette Afrique que nous voulons construire pour les prochaines générations d’africaines et d’africains. C’est l’Afrique que porte la Vision 2063. Je vous remercie pour votre aimable attention (Fin)