Kigali: Vendre dans la rue est interdit à Kigali où les vendeuses ambulantes sont sans cesse pourchassées. Celles qui, grâce aux associations, se sont reconverties dans diverses activités productives en sont très satisfaites. Mais toutes n'ont pas cette chance.
"Dans le quartier commercial, il y a tous les 20 mètres tantôt un véhicule de police, tantôt un policier qui nous attrape", se désole une femme qui vend des bananes mûres dans les rues du centre-ville de Kigali. Depuis 2000, le petit commerce ambulant est interdit au Rwanda et les vendeurs et surtout vendeuses de rue, comme cette femme, sont pourchassés en permanence.
Le gouvernement veut les inciter à travailler dans des activités plus productives et utiles pour leur famille et le pays. Pourtant, nombreuses sont celles qui continuent à vendre des fruits, légumes et tubercules aux passants ou en faisant du porte-à-porte dans les maisons."Nous apprécions leurs services, car elles apportent les produits, même à notre domicile. En plus, elles vendent à un bon prix", témoigne Immaculée M., de Nyamirambo, un quartier de Kigali.
"C’est parce elles ne paient pas des impôts qu’elles vendent moins cher", assure une cliente et c'est aussi une des raisons pour lesquelles elles ne sont pas tolérées. Ces femmes sont le plus souvent des veuves ou des mères de famille, dont le mari ne gagne rien, qui cherchent ainsi à nourrir leurs enfants et à les envoyer à l'école. "Elles le font parce qu’elles n’ont pas de choix. Ne cherchez pas trop loin", remarque une représentante d’une association de soutien aux femmes basée à Kigali.
Pas de place au marché
Certaines disent qu’elles n’ont pas les moyens de louer un espace au marché, où de plus, elles ne vendraient que difficilement. "Sur la route, c’est bien facile d’écouler les produits. Pas au marché", explique une vendeuse de rue. Pour cette femme, membre d’une association de promotion du genre, l’État doit prendre des mesures pour aider ces femmes à trouver des endroits propices où elles pourraient vendre.
"À un moment, l'association en a soutenu certaines. Elle leur a trouvé des parcelles au marché en ville, mais, elles ont fini par ressortir du marché." Selon elle, cela tient aux dirigeants d’alors de la mairie qui n’ont pas bien fait la promotion de ce marché.
Plusieurs associations aident ces femmes à changer de travail. Des vendeuses de rue ont ainsi constitué des coopératives de vannerie où elles peuvent gagner jusqu'à 75 000 frws par mois. Le problème est qu'il leur faut attendre que les clients viennent payer leur commande pour toucher leur part. "Il faut attendre parfois un mois avant de vendre les objets d’art. Moi j’ai besoin de quelques sous au quotidien", dit une vendeuse qui gagne en moyenne 3 $ par jour.
D’autres organismes accueillent ces femmes, mais le nombre de places est limité, reconnaît la représentante de Amizero. Dans cette association, les activités sont nombreuses : recyclage des déchets pour fabriquer des boulets combustibles, vente organisée de légumes, couture, etc. Elles touchent un salaire journalier et la mutuelle de santé leur est payée. Elles doivent épargner 15 % de son montant chaque jour, pour les mauvais jours. Un membre de cette association estime que celles qui sont restées dans la rue sont perdantes.
"Je pouvais gagner 3 000 Frw par jour. Mais quand un agent de la police m’attrapait, je passais une semaine en prison et perdais tout ce que j’avais épargné", remarque une d'elles. D'autres femmes ramassent les déchets dans la rue. "Nous gagnons peu d’argent, mais les ménages et le pays aussi reconnaissent notre travail", affirme Kantengwa, présidente du groupement de ces femmes et mère de trois enfants, qui a quitté la rue en 2001.
La plupart de ces femmes s’adressent à la mairie qui, selon elles, "ne fait que les chasser de la rue sans leur montrer où aller." "Avant les présidentielles d’août dernier, la ville nous avait promis des parcelles au marché. Mais elle n’a rien fait", livre l'une d'elles, basée à Nyamirambo.
"Des fois, poursuit-elle, la mairie prend un certain nombre parmi nous pour les mettre en coopérative sponsorisé. Mais ce n’est pas tout le monde qui en bénéficie." Selon les associations féminines, la mairie est responsable de ces problèmes, car ce n'est pas sa priorité. Ces femmes s'enfoncent ainsi dans la pauvreté. "C’est comme se suicider", dit l’une des représentantes d'une association. Sollicitée pour donner son point de vue, la mairie n'a pas répondu.
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