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Opinion d’un rwandais à l’adresse du Professeur Kä Mana sur la guerre au Kivu et les relations RDC – Rwanda

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Kigali: Dans une longue interview parue dans Le Potentiel du 30/01/2009[1], le philosophe et théologien congolais Kä Mana livrait une analyse stimulante sur la situation prévalant à l’époque dans son pays ainsi que dans les relations entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

Des mois plus tôt, il avait publié un autre texte que j’ai lu sous le titre « Congo-Kinshasa : Kä Mana revient de Goma »[2] dont la pertinence est d’une grande actualité au regard du conflit  qui déchire l’est de la RDC, entre l’armée régulière (FARDC) et les mutins du M23.


Je reviens spécialement sur cette interview de janvier 2009 dans laquelle cet éminent intellectuel se disait « intrigué par le silence des intellectuels rwandais » dont il cherchait, « depuis un certain temps, à savoir quel regard ils portent sur la guerre au Congo. » En lisant ce texte, je me suis senti interpellé et mis au défi en tant que citoyen rwandais.


Mais c’est l’actualité tragique de cette résurgence de la guerre à l’est de la RDC qui me convainc de l’opportunité de livrer mon opinion, espérant ainsi contribuer à un dialogue « fertile pour ré-imaginer la Région des Grands Lacs » comme il le dit si bien.


Par-delà l’humour et le cynisme


Depuis la parution de ses deux articles, Kä Mana a certainement rencontré beaucoup de rwandais qui lui ont donné leur opinion. Il mentionne au moins deux dans son interview. D’abord une dame qui déclare, faisant allusion à la table ronde qui venait d’avoir lieu à Rome et qu’un groupe de Congolais avait tenté de saboter par « hooliganisme intellectuel » :


« Ce qui s'est passé à ce débat montre clairement les faiblesses des Congolais. Vous vous agitez, vous criez, vous aboyez et vous vous entredéchirez sans résultat. Vous ne savez même pas pourquoi vous faites cela. Nous avons appris au Rwanda à ne pas crier, à ne pas aboyer, à ne pas nous entredéchirer et à savoir clairement ce que nous voulons, depuis le génocide. »


L’autre opinion est celle de son ami qui, voulant justifier le silence des intellectuels rwandais sur la guerre au Congo, préfère répondre avec humour et dérision comme le remarque son interlocuteur :


«Le Rwanda va chasser les FDLR des régions riches et juteux (sic !) qu'ils occupent, seules les dividendes qu'on en tirera intéressent le peuple pour le développement. Il n'y a pas des raisons qu'on trouble le sommeil de la nation avec des problèmes de guerre alors que les populations ne veulent que des richesses pour le développement. »


Ces deux opinions me semblent passablement cyniques et caricaturales pour être représentatives de la conscience rwandaise sur cette question. Elles réfèrent à des clichés et des lieux communs qui, pour être largement répandus, n’en sont pas moins farfelus.


Et je déplore que Kä Mana semble lui-même succomber à une telle vision, lorsqu’il évoque les succès du Rwanda « comme un partenaire géopolitique de poids en Afrique centrale » ou pour avoir réussi à placer « un Rwandais à la tête de la Banque africaine de Développement. » La description du professeur pose en antithèses d’un coté un Rwanda qui réussit, et de l’autre un Congo « défaillant » qu’il décrit ailleurs comme un « Etat vassal ».


Ces images rappellent les clichés du Rwandais « intelligent » et « efficace », face au Congolais « amorphe » et « impuissant »[3]. Ici même dans mon pays, les Rwandais qui ont vécu au Congo sont familièrement désignés par le sobriquet de « Dubaï », pour insinuer qu’ils impressionnent par l’apparence, mais qu’ils manquent de « profondeur », de sérieux !


Un peu comme ces produits importés de Dubaï en comparaison à ceux d’Europe ou du Japon ! Mais les étudiants de l’Université Nationale du Rwanda auteurs du sobriquet n’ont pas créé de jaloux dans leur imagination fertile. Ils ont gratifié chaque catégorie de Rwandais d’une désignation spécifique selon le pays de provenance !


Or, ces désignations n’ont vraiment rien de méchant ! Elles induisent certes une forte dose de sarcasme, mais aussi des traits positifs spécifiques à chaque catégorie de Rwandais selon les pays où ils ont évolués. Ces caractéristiques liées aux pays de provenance constituent une sorte d’identité particulière pour les rwandais d’aujourd’hui.


Un peu comme si chacun avait emporté avec lui un morceau de l’âme du terroir où il est né et où il a grandi ! Le Rwanda post-génocide est une nation cosmopolite, et la diversité des sous-identités de ses citoyens constitue un énorme atout dans sa reconstruction. Précisément parce que ces petites identités se situent dans une logique de synergie et non de compétition meurtrière et de comparaison négative.


Les descriptions du prof Kä Mana et ses deux interlocuteurs rwandais pèchent donc par cette  mise en compétition des deux Etats, en l’occurrence la RDC et le Rwanda ; de même que par cette mise en parallèle des poncifs psychologiques rigides collés à nos deux peuples.


Et ceci me semble vraiment préjudiciable à l’avènement d’une « humanité solidaire », d’une « civilisation de la paix » et du « bonheur partagé » qu’annonce merveilleusement le philosophe et théologien, et que personnellement j’attends de tous mes vœux, avec foi et espérance !


Entre irrédentisme, prédation et racisme


Le M23 est à ma connaissance la quatrième rébellion qui prend naissance au Kivu au cours de ces dernières années, après l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre), le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), et le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple).


Tous ces mouvements ont en commun deux caractéristiques : celle d’inclure dans leurs revendications généralement à visée nationale, la défense des intérêts vitaux des populations rwandophones de la RDC d’une part ; et d’autre part, être accusés à tort ou à raison d’être soutenus par le Rwanda.

Les accusations contre le Rwanda s’accompagnent de deux principales explications répandues au sein de l’opinion tant congolaise qu’internationale : la volonté de balkaniser et d’annexer une partie du Congo selon un complot international utilisant le Rwanda comme suppôt; et une soif de prédation qui se traduit en pillage systématique des ressources naturelles du riche Congo !


Ces accusations contre le Rwanda ont fini par prendre le statut d’axiomes, vidant les rébellions congolaises de toute consistance propre ou légitimité. Pour preuve, j’ai parcouru il y a quelques jours plus de quarante pages d’actualités relatives au M23 sur internet, sans trouver un seul article qui présente les revendications de ce mouvement !


C’est uniquement dans une livraison du 25 juin 2012 de Kigali Today, une publication en ligne filiale du groupe médiatique Kenyan The Nation, que j’ai pu découvrir un mémorandum sur « les problèmes des militaires ex-CNDP et FARDC en général » du 24 mars 2012 adressé au Président Kabila.

Parmi les nombreux problèmes évoqués dans le mémorandum, je lis que « quarante-six (46) militaires de l’ex-CNDP déployés à Dungu ont été tués sans cause seulement à cause de leur morphologie », ce qui ôte aux autres « la confiance d’être déployés en dehors de notre rayon d’opération. »


Sans vouloir entrer dans le débat sur la validité des accusations ou des revendications des uns et des autres, j’estime impératif de mettre en lumière tous les éléments du problème, si l’on veut atteindre la vérité et parvenir à des solutions durables.


Le Rwanda a certainement de sérieuses préoccupations sécuritaires relatives à la présence des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) qui écument toujours à l’est de la RDC, et qui le poussent parfois à entrer en alliance stratégique avec des rébellions congolaises. Ces dernières années cependant, le Rwanda semblait avoir résolu de former cette alliance stratégique avec le pouvoir de Kabila à Kinshasa au détriment des rébellions de l’Est, notamment le CNDP de Laurent Nkunda.


Les rébellions congolaises en question ont également de sérieuses revendications relatives au droit à la vie et à la citoyenneté pour les populations rwandophones, sans oublier les autres droits communs à tous les Congolais. Je crois que c’est Laurent Nkunda qui avait l’habitude de comparer son pays, la RDC, à un vaste hôpital où tous les habitants seraient victimes de mauvaise gouvernance, mais où les rwandophones, spécialement les Tutsi, auraient la particularité de se trouver aux soins intensifs !


De toutes les rébellions qui s’étaient succédé à l’Est de la RDC en effet, le CNDP de Nkunda était le seul à articuler clairement ce problème dans la recherche d’un compromis politique global à la crise congolaise. Et si une solution de fond avait été trouvée à la question des Banyarwanda dans la politique congolaise, une réponse indirecte mais durable aurait également été trouvée aux préoccupations sécuritaires du Rwanda.


La neutralisation politique de Laurent Nkunda aura donc été une opportunité manquée aussi bien pour la RDC que pour le Rwanda. La menace génocidaire que font peser les FDLR sur le Rwanda est la même que celle qu’ils font peser sur les populations rwandophones de l’Est de la RDC.


Un compromis politique intra-congolais qui assure pleinement la sécurité de ces populations passe donc nécessairement par la suppression de la menace FDLR. Or, je me souviens que dans le discours de celle qui était ministre des affaires étrangères du Rwanda en 2009, les revendications propres des Rwandophones en tant que citoyens congolais n’apparaissaient pas lorsqu’elle mentionnait le CNDP.


Pour elle, c’est comme si ce mouvement existait uniquement pour contrer la menace des FDLR sur le Rwanda! De la même manière, un pouvoir central à Kinshasa qui n’accorderait pas de place au problème des Congolais rwandophones ne saurait donner de garantie suffisante et durable au Rwanda quant à  la menace des FDLR.


J’apprécie la démarche du professeur Kä Mana qui, du temps de la rébellion du CNDP, a eu le courage de se rendre à l’Est, de rencontrer divers interlocuteurs à Goma, à Bukavu et plus tard au Rwanda, et de se faire une idée précise sur les causes profondes des guerres du Kivu et de l’instabilité chronique dans la région des Grands Lacs.


Il évoque ainsi « l’hypothèque des FDLR » qui motive les interventions du Rwanda en RDC, mais aussi et surtout, les revendications réelles et profondes des Rwandophones du Congo dont


« il faudrait plutôt comprendre que la lutte de ces hommes et de ces femmes contre l’humiliation et la frustration n’est pas une lutte alimentée par une étroite mentalité tribaliste, ethniciste et diaboliquement destructrice, mais une lutte essentiellement et éminemment politique au cœur du Congo: une lutte pour la reconnaissance des droits fondamentaux et des devoirs essentiels sans lesquels il n’est pas d’humanité possible pour un individu ou pour un peuple. »


« Avant tout, il est bon de savoir que nous sommes devant une longue histoire de frustrations et d’humiliations que les Tutsi congolais subissent depuis de nombreuses décennies. …Je suis étonné de voir que cet enracinement historique de la guerre actuelle de l’Est n’attire pas suffisamment l’attention des analystes dans un pays comme le nôtre. Une terre dont les humiliations et les frustrations ont déjà créé des héros dans notre imaginaire politique et social national, comme Patrice Emery Lumumba et Pierre Mulele….


Il me semble urgent de considérer les problèmes de ce point de vue pour régler un contentieux historique profond sur lequel il n’est pas bon de faire l’impasse. L’histoire des migrations en Afrique centrale est d’une telle complexité qu’il serait irresponsable de ne donner pour horizon aux Tutsi congolais que le Rwanda, pays qui les considère en réalité comme des Congolais dont le destin devra se forger au Congo. »[4]


Une telle prise de position est à mon avis très lucide et très courageuse de la part du professeur Kä Mana, surtout face à une opinion congolaise qui a tendance à gommer ou à ignorer cette racine du conflit. Elle fait preuve d’une grande disposition de l’esprit à se mettre à l’écoute de l’autre et à faire attention à sa souffrance.


En tant que Rwandais, je suis également très sensible à sa frustration et à son dépit de Congolais, lorsqu’il décrit comme une humiliation l’entrée des troupes rwandaises en RDC et l’arrestation de Laurent Nkunda à la suite d’un arrangement politique entre Kigali et Kinshasa en 2009.


Je suis cependant perplexe lorsque le professeur attribue cet arrangement politique au seul Rwanda en exonérant les autorités congolaises et plus grave encore, en justifiant à l’avance une attitude d’hostilité et de violence que les Congolais se devraient d’afficher un peu comme par revanche contre les Rwandais ! Je me permets une fois de plus de citer l’interview de Kä Mana :


« Du point de vue congolais, je fais plus que désapprouver l'intervention rwandaise : je la condamne. Je la condamne parce qu'elle humilie tout un peuple en le transformant en peuple vaincu, malgré toutes les apparences.


Je la condamne parce qu'elle a mis hors du champ de bataille politique la seule personnalité qui pouvait inquiéter le pouvoir en place : Laurent Nkunda, un cerveau trop fécond, une ressource humaine trop riche, un trésor militaire trop fécond, une espérance politique trop précieuse pour être laissé dans les geôles des calculs politiques à court terme.


La disparition de Nkunda de la scène politique, après celle de Bemba et Tshisekedi, est une catastrophe pour l'opposition congolaise. Celle-ci est complètement décapitée. Dans cette situation, le pouvoir en place a le boulevard devant lui et Kagame le lui ouvre majestueusement.


Mais à quel prix, pour le Congo? Au prix de la honte, de l'impuissance et du désarroi face à l'avenir. Les peuples n'avalent pas ce genre de pilule sans songer un jour ou l'autre à la vengeance, à une vengeance froide et crue.


Dans cette mesure l'intervention du Rwanda en RDC sème la haine dans les cœurs des Congolais, elle sème le vent de la discorde et de la destruction dans le cœur du peuple congolais à l'égard du peuple rwandais. Elle ajoute des nouveaux ressentiments aux anciens ressentiments et aux anciennes meurtrissures, des plaies toujours saignantes dans la chair des Congolaises et Congolais.


A long terme, le vent qui est ainsi semé aujourd'hui se transformera en tempête contre le Rwanda lui-même, sous une forme ou une autre. C'est cela qui est catastrophique. J'ai toujours rêvé d'un destin de paix, de prospérité commune et du bonheur partagé entre le Congo et le Rwanda.


Un tel destin ne se construit pas avec les armes, il se construit avec les énergies de l'intelligence, de l'éthique, de la spiritualité, capables de nourrir une politique du bien et une économie de l'épanouissement solidaire. »[5]


Mon vœu le plus cher est que ce scenario catastrophique ne se produise jamais. Les Congolais et les Rwandais de bonne volonté sont certainement nombreux, et ils peuvent se liguer pour conjurer ce malheur.


S’il était établi que l’armée rwandaise est intervenue au Congo depuis 1996 principalement pour piller ses ressources minières ; que le Rwanda a soutenu des rébellions congolaises successives dans l’intention d’exercer un contrôle permanent sur une partie du territoire congolais, je suis convaincu que de nombreux Rwandais désapprouveraient une telle politique.


Et là-dessus, je ne partage pas l’avis du professeur Kä Mana qui pense que « le silence des intellectuels rwandais sur la guerre du Congo pouvait se comprendre  … comme l'attitude à adopter quand on a confiance dans un gouvernement dont on sait qu'il travaille pour les intérêts supérieurs de la nation, des intérêts supérieurs à la liberté au sens que lui donne le monde occidental. »


Les intérêts supérieurs de la nation rwandaise n’ont pas besoin de se réaliser au détriment de ceux du Congo, ou au prix de la frustration et de l’humiliation des Congolais. Et si une telle dénonciation était justifiée, aucun intérêt supérieur ne pourrait contraindre les Rwandais au silence.


Je crois par contre et en toute sincérité, que la cause profonde de l’instabilité à l’Est de la RDC ne réside ni dans un quelconque irrédentisme du pouvoir de Kigali d’étendre son contrôle sur une partie du territoire congolais ; ni dans une volonté de puissance qui tirerait partie de l’humiliation de son grand voisin ; encore moins d’une propension à la prédation qu’alimenterait la convoitise de ses matières premières.


Le plus grand problème réside dans un racisme ou un ethnisme anti-tutsi à l’œuvre dans notre région depuis la fin des années 1950. Celui-ci a pris sa naissance et sa forme la plus élaborée au Rwanda, et depuis lors, il n’a cessé d’essaimer à travers toute la région et même dans le monde, produisant pogroms répétitifs et violence génocidaire.


C’est cette même idéologie qui a engendré la politique de haine et d’exclusion au Congo contre les populations Tutsi au départ, puis Banyarwanda en général, et cela très longtemps avant même que le Rwanda post-génocide ne commence à intervenir militairement au Congo pour sa propre sécurité.



[1] « Kä Mana : nous pouvons encore sauver le Congo et le Rwanda », interview accordée au journaliste Freddy mulumba kabuayi, in Le Potentiel du 30/09/2009.

[2] “Congo-Kinshasa: Kä Mana revient de Goma”. In Le Potentiel du 06 octobre 2008. Repris par All Africa. Site consulté le 25 juin 2012.

[3] Ces clichés, ainsi que beaucoup d’autres plus racistes et plus haineux sont contenus dans un tract violent lancé en 1981 au campus de Kinshasa, en prélude à une chasse aux Tutsi qui avait pour nom de code “opération Herbe”. De larges extraits de ce tract intitulé « Vive la Nation Zaïroise ! A mort les usurpateurs de notre nationalité ! »  sont cités dans : Rutazibwa Privat, Les Crises des Grands Lacs et la Question Tutsi. Réflexions sur l’idéologie du génocide dans la sous-région, Kigali, Editions du CRID, 1999. Pp 177-178.

[4] Extraits de “Congo-Kinshasa: Kä Mana revient de Goma”. In Le Potentiel du 06 octobre 2008.

[5] Extraits de « Kä Mana : nous pouvons encore sauver le Congo et le Rwanda », in Le Potentiel du 30/09/2009.

* L’auteur est membre du CCEWS (Center for Conflict Early Warning System), initié par quelques uns des professeurs et étudiants de la première promotion du programme de « Master’s in Genocide Studies and Prevention» de l’Université Nationale du Rwanda. Les opinions contenues dans cet article n’engagent cependant pas le CCEWS, mais le seul auteur. Pour tout échange : This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it


 

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