RDC – Minembwe : manifestation des Banyamulenge contre l’armée burundaise

Des femmes de la communauté Banyamulenge manifestent, pancartes à la main, contre le blocus imposé par l’armée burundaise, le 4 novembre 2025. © DR/ SOS Médias Burundi

Des milliers d’habitants Banyamulenge de Minembwe, dans le territoire de Fizi, sont descendus dans les rues mardi pour dénoncer le blocage de leurs voies d’accès commerciales par les soldats burundais déployés à Mikalati, dans le groupement Balala Nord, secteur de Tanganyika.

Selon le Collectif SOS Médias Burundi qui livre cette information, cette manifestation menée par la communauté Banyamulenge a rassemblé étudiants, femmes et hommes, qui accusent l’armée burundaise de vouloir les isoler économiquement et physiquement.

Les manifestants ont marché depuis le centre de Minembwe jusqu’au centre de Madegu, brandissant des pancartes condamnant ce qu’ils qualifient de « massacres et blocus orchestrés » par l’armée burundaise, les groupes armés Wazelendo et certaines unités des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

« Les soldats burundais ont bloqué toutes les routes menant aux marchés. Nous n’avons plus ni sel, ni savon, ni sucre, ni médicaments », a déclaré Benigne Nyasingizwa, représentante des femmes à Minembwe, dans un message adressé à la population. « Nous ignorons ce que l’armée burundaise nous veut. Si elle nous ouvre la route de Mikalati, nous pourrons aller au marché », a-t-elle ajouté.

Des manifestants se rassemblent pour écouter les discours lors de la manifestation du 4 novembre contre le blocus militaire qui limite l’accès aux vivres et services de base. © DR/ SOS Médias Burundi

Un blocus dénoncé depuis trois semaines

Selon plusieurs habitants, ce blocus dure depuis près de trois semaines et empêche toute circulation entre Minembwe et les marchés du groupement de Bijombo.

Le chef coutumier Muhire, présent lui aussi à la manifestation, a appelé le gouvernement burundais à retirer ses troupes des hauts plateaux, affirmant que « leur présence vise à exterminer les Banyamulenge ».

Les habitants accusent les soldats burundais de mener des opérations conjointes avec les Wazelendo et certaines unités des FARDC contre Twirwaneho, un groupe d’autodéfense composé de jeunes Banyamulenge originaires de Rugezi, Mikenge et Kahwela.

Des tensions régionales persistantes

Des rapports récents d’experts des Nations Unies ont déjà documenté la présence de militaires burundais dans le Sud-Kivu, opérant parfois aux côtés de milices locales. Ces experts font état d’affrontements répétés entre les troupes burundaises, les Wazelendo et le groupe Twirwaneho, notamment dans les localités de Mikenge et Mutunda.

Au moment où la marche se déroulait à Minembwe, des sources locales signalaient de nouveaux combats dans ces zones. Aucune réaction officielle des gouvernements congolais ou burundais n’avait encore été enregistrée jusqu’à ce mercredi.

Cette nouvelle flambée de tensions vient raviver les inquiétudes sur la stabilité des hauts plateaux du Sud-Kivu, une région déjà marquée par des décennies de violences intercommunautaires et de rivalités armées.

Contexte : la présence burundaise au Sud-Kivu

Le Burundi a déployé environ 10.000 soldats dans l’Est de la RDC pour combattre, aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et des milices Wazelendo soutenues par Kinshasa dans la guerre contre le M23, depuis mars 2023.

Mais bien avant cela, depuis 2019, SOS Médias Burundi avait documenté la présence de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) dans le Sud-Kivu, accompagnée par des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir au Burundi. Ces derniers étaient envoyés pour traquer deux groupes armés d’origine burundaise : le Red-Tabara et les FNL du général autoproclamé Aloys Nzabampema.

À plusieurs reprises, les militaires burundais et les Imbonerakure ont été accusés d’exactions dans cette région, assassinats, enlèvements, viols, visant notamment les membres de la communauté Banyamulenge, une minorité tutsie persécutée depuis plusieurs années.

Les autorités burundaises, ainsi que le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, ont toujours nié ces accusations, affirmant que leurs détracteurs cherchent à salir l’image de l’armée burundaise et du pays.

Très récemment, les troupes burundaises se sont concentrées dans le Sud-Kivu après avoir été repoussées par les rebelles du M23 dans le Nord-Kivu. Depuis le début de l’année, les rebelles ont pris le chef-lieu du Sud-Kivu, Bukavu, contraignant les autorités congolaises à transférer le siège administratif à Uvira, à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi.

Les militaires burundais participent désormais aux opérations visant à contenir l’avancée du M23 vers Uvira, dans une zone où les rebelles bénéficient du soutien du groupe armé Twirwaneho, composé de membres de la communauté Banyamulenge qui maîtrisent parfaitement le relief montagneux de la région.

Le M23, une ancienne rébellion tutsie ayant repris les armes fin 2021 après l’échec de sa réinsertion, contrôle désormais les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que plusieurs zones stratégiques riches en minerais. 

Ses combattants, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), sont soupçonnés d’être épaulés par des soldats rwandais, ce que Kigali dément fermement.

Cette guerre dans l’Est congolais exacerbe les tensions entre le Burundi et le Rwanda, le président Évariste Ndayishimiye accusant son homologue Paul Kagame d’être « le déstabilisateur de la sous-région », tandis que Kigali reproche à Gitega de collaborer avec les FDLR, des rebelles hutus rwandais accusés de participation au génocide contre les Tutsis en 1994. (Fin)